Gallimard, littérature belge

L’été sans retour, Giuseppe Santoliquido, Gallimard

Durant mes vacances, j’ai lu le nouveau livre de Giuseppe Santoliquido, auteur que nous avions reçu en 2013 pour son roman Voyage corsaire paru chez Ker.

En 2005, dans un petit village italien, une jeune fille de 15 ans disparaît. Chiara a disparu sur le chemin, pas bien long, entre sa maison et celle de sa cousine un peu plus âgée qu’elle, avec laquelle elle devait se rendre à la fête du village. Nous suivons le déroulement de l’enquête mais surtout l’installation d’un spectacle télévisuel mis en scène peu à peu par les télévisions nationales avec la complicité de Lucia, la cousine.

Tout le monde a les yeux rivés sur son écran pour scruter les moindres faits et gestes de la famille, du procureur, des enquêteurs. Ce qui est le cas également de Sandro, le narrateur de l’histoire.

Ce jeune homme, mis au ban du village pour une raison que nous découvrirons au fil du récit était, à une époque, très proche de la famille de Lucia et principalement du Pasquale, le père de celle-ci.

Grâce à sa voix, nous sommes entraînés dans une Italie rurale, magnifique mais ancestrale où les coutumes restent bien ancrées dans le quotidien même chez les plus jeunes. Le suspense est très bien maîtrisé et le lecteur se perd en conjectures pour trouver pourquoi, comment et qui a bien pu faire disparaître Chiara. Mais Giuseppe Santoliquido, ne perd pas son lecteur et son écriture, maîtrisée et très belle, donne à ce roman une très belle couleur.

Une lecture que je vous conseille vivement. Nous recevrons l’auteur le jeudi 30 septembre à 19h30.

Laurence

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Sur quoi repose le monde, Kathleen Dean Moore, Gallmeister

Un coup de cœur de Nadège qui aime les lectures méditatives.

Regarder le monde, c’est regarder les êtres aussi bien que les lieux. On peut ainsi mieux comprendre et mieux les préserver.

Après le merveilleux « Petit traité de philosophie naturelle » dont Nadège vous avait parlé durant le confinement, elle a lu ce nouveau récit de Kathleen Dean Moore qui partage ses méditations sur la beauté du monde avec sagesse et sérénité.

Voici un petit extrait que Nadège m’a lu et qui m’a impressionnée :

« Les parents ne veulent -ils pas le meilleur pour leurs enfants ? Pour leur offrir de grandes maisons, nous détruisons d’anciennes forêts. Pour leur offrir des fruits parfaits, nous contaminons leur nourriture avec des pesticides. Pour leur offrir les dernières technologies, nous transformons des vallées entières en décharges de déchets toxiques. (…) Nous serions prêts à faire n’importe quoi pour nos enfants sauf la seule chose qui soit essentielle, nous arrêter et nous demander : que faisons-et que laissons-nous faire ? (…)

Que diront nos petits-enfants Je crois que je peux : Comment avez-vous pu ne pas savoir ? Quelle autre preuve vous fallait-il pour comprendre que vos vies, vos petites vies confortables, nuiraient autant aux nôtres ?(…) Pensez-vous vraiment qu’elle n’était qu’à vous seulement – cette belle planète ? Vous, qui aimiez vos enfants, pensiez-vous vraiment que nous pourrions vivre sans air pur et sans villes saines ? (…) Et si vous le saviez, comment avez-vous pu ne pas vous en soucier ? (…)

C’est un texte fort mais également poétique dans lequel l’autrice parle de sa relation à la nature au travers de son jardin, de ses promenades avec son compagnon, au temps qui passe également avec l’évocation de son père.

Actes Sud, Policier - thriller, Romans

« Le Nouveau », Keigo Higashino, Actes Sud

« Le nouveau », c’est Kaga, récemment muté au commissariat de Nihonbashi à Tokyo. Il est chargé d’enquêter sur le meurtre de Mitsui Mineko, une femme de quarante-cinq ans retrouvée étranglée dans son studio. Elle aussi était nouvelle dans le quartier.

Si l’intrigue est relativement classique, ce qui fait le charme et l’intérêt de ce roman, c’est d’abord son enquêteur atypique réputé pour son sens de l’observation. S’attachant à de menus détails auxquels personne ne prête attention, il avance étrangement, mais sûrement vers la résolution de l’énigme. Par ailleurs, Kaga s’intéresse autant à l’enquête qu’aux gens qu’il rencontre et fait preuve envers ses interlocuteurs d’une grande humanité, voire d’une délicatesse touchante.

Cette attention à l’humain se révèle également dans la construction du roman, chaque chapitre étant consacré à un personnage lié de près ou de loin à l’affaire, en privilégiant les commerçants du quartier de Nihonbashi. Le lecteur suit Kaga dans ses déambulations, découvre avec lui les petites échoppes, fait connaissance avec les habitants de ce coin de Tokyo. Si le récit semble brouillon au départ et s’il faut s’accrocher pour intégrer tous les noms qui défilent, une géographie finit par se dessiner et les liens se tissent. Chaque chapitre se déploie comme une petite nouvelle – que les personnages réapparaissent ou non, chacun aura droit à la résolution de son mystère – pour s’assembler finalement en un roman cohérent et sensible.

Nadège

Picquier

La papeterie Tsubaki – OGAWA Ito – traduit du japonais pas Myriam Dartois-Ako – Picquier

Après avoir voyagé, Hatoko – surnommée Poppo – rentre chez elle, à Kamakura, pour s’installer dans une ancienne maison traditionnelle, prendre possession de la papeterie que lui a léguée sa grand-mère et devenir à son tour, comme elle l’a appris, écrivaine publique.

Jour après jour, la jeune femme raconte sa vie par le menu : ménage, repas, échanges avec sa voisine, accueil des clients dans le magasin … Surtout, elle parle de l’Aînée, sa grand-mère, de ses travaux d’écriture et des personnes qui lui confient le soin de trouver les mots qui leur manquent.

Au fil de l’histoire, la relation qui la lie à sa grand-mère se dévide comme pelote, le portrait de cette aïeule exigeante, sévère et austère, se nuance peu à peu de teintes plus douces, et la légende « familiale » se détricote … L’auteure tire ainsi le fil de la filiation, interroge l’amour qui ne se dit pas – ou d’une façon détournée et maladroite –, la transmission qui s’impose et la manière dont se trame un destin.

Se déploie aussi, dans ce roman, l’art d’écrire pour les autres, un art fait d’une attention fine, d’un soin extrême et d’une sensibilité vibrante, d’une empathie discrète et d’une clairvoyance prudente, qui se manifestent dans le choix des mots et des tournures, bien sûr, mais aussi dans celui de la couleur de l’encre, de la forme et de la texture du papier, du type d’enveloppe … tout, jusqu’au timbre, doit être signifiant et adéquat – de sorte que les séances d’écriture relèvent presque du rituel.

Et c’est cela – en plus du personnage attachant et touchant – qui réjouit et charme, dans La Papeterie Tsubaki : cette façon de vivre, d’être et de faire, de regarder et de sentir, d’entrer en relation avec les autres … empreinte d’une délicatesse et d’une attention qui rendent à toute chose, grande ou petite, visible ou invisible, sa valeur et son importance. C’est comme si, dans la partition de la vie, aucune note ne devait être négligée, pas même la plus ténue – car elle contribue autant que les autres à l’harmonie et à la mélodie de l’ensemble.

Delphine

littérature belge, Rouergue

Debout dans l’eau – Zoé Derleyn – la brune au Rouergue

Debout dans l’eau est un livre écrit à hauteur d’enfant – d’une profondeur dont on oublie parfois que ces petits êtres sont dotés … La narratrice, abandonnée par sa mère, est une « enfant naturelle » – comme on les appelait à une époque où il n’en existait pas d’artificiels. Depuis ses deux ans, elle vit chez ses grands-parents, dans le Brabant flamand. À onze ans, elle partage ses journées entre le jardin, l’école et la maison où règne sa grand-mère, une femme pudique dont l’affection se manifeste un peu rugueusement. À l’étage gît son grand-père, un homme à l’ancienne, qui ne règne plus, lui, depuis que la maladie l’a pris et alité.

C’est une vie simple et quotidienne que celle de cette enfant : les repas, le soin du potager et du jardin, les promenades, les repas, les jeux plus ou moins doux avec les chiens, la visite quotidienne au vieillard mourant … Et aussi : l’observation passionnée – et rageuse à la fois – de Dirk, un jeune homme venu s’occuper du jardin ; et surtout : les bains dans l’étang.

Ce n’est pourtant pas une vie fade ou monotone : c’est une existence intense que celle de cette enfant qui habite le temps et ses gestes, ses instants et les lieux, d’une présence pleine, d’une curiosité ardente, d’un imaginaire puissant et d’une sensibilité fine et vibrante. Son regard la colore, la nuance, la moire, cette vie sans remous apparent – mais vivante d’une vie insoupçonnée, voilée, comme celle de l’étang – et c’est d’abord lui qui fait l’agrément et la valeur de ce premier roman, comme il fait ceux des heures sans fard.

C’est ensuite ce personnage d’enfant, cette gamine émouvante et étonnante, quelquefois ignorante de ce qui se trame en elle, sous la peau, et qui observe le monde et les adultes, et s’interroge. C’est aussi l’écriture sobre et imagée de Zoé Derleyn, son ton juste, sa façon de dire la matière et la chair du monde – des plantes, des animaux, des gens, de l’étang … C’est enfin sa manière de poser, comme une étoffe douce qu’on ne déplie pas mais dont l’un ou l’autre coin, glissant, se déploie, les sujets de son roman : la maladie et la mort, la filiation, les relations entre une enfant et ses grands-parents, la figure grand-paternelle, l’amour qui ne se dit guère ou manque, le silence et la parole retenue ou empêchée, la solitude, les préludes du désir …

C’est un beau roman que Debout dans l’eau. Un roman qui donne à songer, à rêver, à imaginer. Et un roman qui m’en a rappelé d’autres : l’étang, qui y est presque un personnage, et la relation profonde, sensuelle, curieuse et amoureuse, que la petite fille a noué avec lui, évoquent le magnifique La Comtesse des digues de Marie Gevers, avec Suzanne qui aime passionnément le fleuve, mais aussi Vie et mort d’un étang, pour le rôle que joue dans l’histoire cette eau trouble et miroitante. Pour le point de vue enfantin qui nous ramène au regard enchanté et enchanteur de l’enfance, j’y entendus quelques échos de Guldentop – tous deux de la même auteure, à découvrir si vous ne la connaissez pas !

Actualité et animations, auteur belge

Les vers de l’amitié – Karim Pont – Fawkes éditions

Karim Pont, que nous recevons à la librairie le 11 juin de 17h à 19h30, est un ancien joueur de tennis et une figure gembloutoise connue. Amoureux des mots et auteur d’un livre consacré à ce sport, il vient de faire paraître un recueil de poèmes drolatiques parrainé par Bruno Coppens qui a écrit la quatrième de couverture – un texte qui nous invite à suivre les pas de Karim Pont pour réveiller et révéler les mots.

Ce sont des textes aux prises avec l’actuel et l’aujourd’hui que nous livre Karim Pont. Des textes dans lesquels il pose sur notre monde et nos façons un regard critique et ironique, plein d’humour mais aussi d’acide. Il pointe nos erreurs et nos errances, nos contradictions et nos faiblesses ; il n’épargne rien et parle de tous les sujets, des paradis fiscaux aux régimes, de la libération de la femme aux élections, et même, d’une certaine façon, de la condition humaine.

Surtout, ce sont des textes ludiques, qui jouent avec les mots, leurs sons et leurs sens, où l’on sent l’amusement de l’auteur, une liberté de ton et une vivacité qui réjouissent. 

N’hésitez pas à vous inscrire au 081/600.346 ou à librairieantigone@gmail.com

Littérature étrangère, Picquier

Le goût sucré des pastèques volées – Sheng Keyi – traduit du chinois par Brigitte Duzan et Ji Qiaowei – Picquier

Sheng Keyi est née en 1973 dans un village très pauvre de la campagne chinoise. À vingt et un ans, comme beaucoup de jeunes gens, elle quitte sa terre pour la ville, et devient romancière. Dans Le goût sucré des pastèques volées, elle raconte cette enfance, en précisant, à la fin de son récit, que « ce ne sont que des images sur la solitude et la tristesse de [s]son enfance, des souvenirs strictement personnels sans aucune prétention artistique ».

À part pour la prétention, dont elle est dénuée, il ne faut pas la croire. Non que cette période de sa vie ait été épargné par la tristesse et la solitude : la vie était – est toujours, mais d’une autre façon – rude, dans les campagnes chinoises, et l’écrivaine en a éprouvé les rigueurs et l’âpreté. 

Mais son récit, sans les occulter, sans pêcher par idéalisme – pas plus d’ailleurs que par pathos ou misérabilisme – ne se cantonne pas à ces sentiments sombres, loin de là : il donne aussi à voir, à sentir et à rêver la richesse de cette existence dépourvue d’artifices, fondée certes sur le labeur mais aussi sur une manière dense et profonde d’habiter le monde et de tisser des liens – qui semble perdue …

Il brosse ainsi, à travers une expérience singulière, un tableau de la Chine passée et présente, et souvent, Sheng Keyi se révolte et se désole – et nous avec elle ! – des ravages causés par la modernisation, le capitalisme, le consumérisme et la politique du régime en place : saccage de la faune et de la flore, mais aussi des traditions et des coutumes, de l’esprit et de l’âme. À ce titre, c’est un livre à la fois dépaysant et d’un très grand intérêt – la Chine vue par une Chinoise, et non à travers le prisme déformant d’un regard occidental.

S’y déploie, fragment par fragment, le tissu, inconnu et exotique pour nous, de la vie quotidienne d’une petite fille assez pauvre, dans la Chine de l’époque. C’est avec beaucoup de simplicité et de sobriété que la désormais citadine raconte son enfance, évoque ses joies et ses peines, sur un ton juste et avec une écriture très fluide – que la traduction a rendue telle, en tout cas. On sent aussi, dans ses observations et ses réflexions, une attention fine à toutes les manifestations de la vie et des êtres, ainsi qu’aux choses, et une hauteur d’âme, si je puis dire, qui est vivifiante.

Enfin, il faut dire un mot des dessins qui illustrent le livre, et qui sont l’œuvre de l’auteure. On y retrouve une petite silhouette vêtue de rouge et de vert, accompagnée d’un chien, dans des paysages qui donnent à songer. Leur présence, leur douceur candide, n’est pas le moindre des agréments de ce récit, dont la tonalité est certes nostalgique et mélancolique, mais qui sonne comme une conversation que nous accorderait Sheng Keyi, et qu’on voudrait voir durer un peu plus longtemps.

Delphine

Calmann-Lévy

Intuitio, Laurent Gounelle, Une lecture de Jacquy.

Gounelle, je le connaissais pour divers romans tels que « Et tu trouveras le trésor qui dort en toi », « Le jour où j’ai appris à vivre » ou « le philosophe qui n’était pas sage ».

Dès lors où est la différence avec ce dernier roman ?

Est-ce un thriller ? Ce n’est pas du Thilliez mais le côté scientifique y ressemble par moments. J’ai trouvé, par moments, des ressemblances avec Harlan Coben. Le héros réagit « à la Bolitar » quand il se trouve dans une situation inextricable.

Mais, c’est tout de même un Gounelle.

L’histoire prend-elle plus de place par rapport aux « conseils » ?  Oui, sans doute. Il y a plus d’action, le texte est facile à lire, aéré, beaucoup de dialogues et même des dessins qui aident à comprendre le cheminement de la pensée de Timothy, le héros.

Pour apprécier le roman, il faut se laisser aller et vivre l’histoire et avoir l’esprit large pour admettre que l’intuition (tant pis, je dis le terme) existe et peut se référer au présent mais aussi au passé ou au futur. Si on est cartésien, il faut l’oublier pour croire au remote viewing.

L’histoire est  bien construite et le suspense présent de sorte qu’on quitte difficilement le roman en cours. Quant au remote viewing, on est disposé à le croire ou pas. Et si , à la fin du roman, vous êtes encore sceptique, ce n’est pas grave, vous aurez passé un bon moment, c’est le plus important.

Quelques réflexions lues

–          La pluie apparu soudain…Je jetai un coup d’œil au passant dans son beau costume. Sans parapluie. Je ne pus m’empêcher d’en ressentir une pointe de satisfaction, puis haussai les épaules devant ma mesquinerie dérisoire

–          N’importe quoi ! T’as projeté sur moi ton mode de fonctionnement mon vieux 

–          Être libre, c’est agir sur la base de ses propres choix, pas en réaction à ce que disent ou font les autres

–          L’acceptation de nos défauts nous libère du jugement des autres.

http://commander le livre.

Monsieur Toussaint Louverture, Romans

Anne de Green Gables, Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture

Anne… la Maison aux pignons verts… Je pense que Laurence me parle de ce livre et de sa jeune héroïne depuis que je suis arrivée à la librairie. Monsieur Toussaint Louverture ayant eu la bonne idée de proposer une nouvelle traduction de ce texte dans une magnifique édition, la tentation était grande de m’y plonger. J’ai bien résisté un peu, mais une consœur s’étant jointe au chœur de louanges envers la petite Anne de Green Gables (le titre de l’actuelle version), j’ai évidemment fini par céder. Et quel bonheur ! Si vous n’avez pas encore fait sa connaissance, il est grand temps la rencontrer !

Marilla Cuthbert et son frère Matthew sont un couple de paysans vieillissants. Quand une de leur connaissance se rend à l’orphelinat pour adopter un enfant, ils lui demandent de leur ramener un orphelin : un garçon robuste pour les aider à la ferme. Quelle surprise et quelle déconvenue quand Matthew découvre à la gare une frêle gamine. Et pourtant, il ne faudra qu’un trajet en calèche jusqu’à Green Gables pour que le vieux célibataire effarouché par la gent féminine, et encore plus par les petites filles, ne soit charmé par le babillage incessant de ce drôle de phénomène. Marilla sera plus difficile à convaincre, mais sous ses airs peu accommodants, elle aussi se laissera rapidement attendrir par Anne (avec un E, s’il vous plaît).

Anne pose sur le monde un regard émerveillé, passe des peines les plus profondes aux joies les plus élevées en un quart de seconde, elle accumule les bêtises avec une candeur touchante, elle n’a rien et possède pourtant la plus grande des richesses : une imagination sans limite.

Lire Anne de Green Gables, c’est comme plonger dans un tableau à la craie droit sorti de Mary Poppins, c’est magique, lumineux, réconfortant. D’ailleurs, si ma lecture fut longue dans le temps, c’est sans aucun doute pour avoir le plaisir de faire durer le plaisir de ces joyeux rendez-vous.

Alors, quand viendrez-vous faire connaissance avec Anne ? Elle a tant de choses à vous raconter et tant de joie à vous apporter !

A noter : le tome 2, Anne d’Avonlea est déjà disponible et le tome 3 paraîtra dans quelques mois.

Nadège

Art, Samsa

James Ensor à Bruxelles, Vincent Delannoy, Samsa

Adolescente, je me souviens avoir visité une expo consacrée à Ensor ou la maison de l’artiste à Ostende, je ne sais plus. Une chose est sûre, j’avais été assez impressionnée et marquée par les célèbres représentations de masques. Et ce qui m’a d’abord attirée vers ce livre James Ensor à Bruxelles, c’est cette couverture représentant un tableau tout à fait différent, intitulé Le Lampiste. Quelque chose m’a émue dans ce portrait et donné envie d’en découvrir plus sur ce peintre que je réduisais à ce souvenir d’étranges et sombres carnavals. Et je n’ai pas été déçue : j’ai apprécié cette plongée dans la vie du peintre. Et cela m’a même donné envie de retourner faire un tour à Ostende pour poursuivre ma (re)découverte et/ou de lire une biographie plus générale de l’artiste. James Ensor à Bruxelles est accessible à tout lecteur pour peu qu’il s’intéresse un peu à l’art.

Le jeune James Ensor arrive à Bruxelles en 1877. Âgé de 17 ans, il entre à l’Académie Royale des Beaux-Arts où il étudiera trois ans, alignant les piteux classements en peinture, récoltant des résultats honorables en dessin. Plus tard, il dénigrera l’enseignement de ses maîtres, préférant se déclarer autodidacte (de la même manière, il niera certaines de ses influences). Il sera pourtant soutenu par Jean-François Portaels, directeur de l’Académie, qui rédigera la première recension consacrée au travail de James Ensor dans la revue l’Art Moderne. Plus qu’un lieu d’apprentissage, Bruxelles sera pour Ensor un espace de rencontres (notamment Théo Hannon, poète, critique d’art et directeur de la revue d’avant-garde l’Artiste), d’expositions, d’émulation : il fera partie du groupe des XX, une association d’artistes novateurs qui durera 10 ans. Ensor, quoique séduit par cette initiative d’artistes en marge, finira par se mettre lui-même en marge de la marge lorsque certains de ses membres se laisseront influencer par le peintre pointilliste Seurat : Ensor n’admettant pas que celui-ci lui ait volé la vedette lors d’un salon.

            Sur les questions artistiques, Ensor a des avis tranchés. Par rapport à ses collègues artistes, il n’est pas excessif d’affirmer que les avis d’Ensor sont souvent injustes, partiaux et non dénués d’une certaine intolérance envers tout ce qui ne cadre pas avec ses opinions personnelles. Cette attitude amène Ensor à se brouiller avec des personnes qui, a priori, lui sont favorables et travaillent dans son intérêt. (pp. 54-55)

C’est sans doute l’une des facettes de l’artiste qui m’a le plus marquée lors de cette lecture : ce caractère, semble-t-il imbuvable, qui le pousse à renier tout influence, à garder rancune, voire à retourner ses propres manquements en « cabale envers sa personne », accusant Octave Maus, secrétaire des XX, de refuser des tableaux annoncés pourtant au catalogue de la sixième exposition du groupe :

            Ensor transformera l’absence d’envoi de ses toiles dans les temps en une cabale envers sa personne. James Ensor se complaît à jouer le rôle de la victime christique. (p. 68)

Citant David S. Werman qui compare la figure du peintre à celle de Rimbaud – l’essentiel de sa production datant d’avant 1893 -, Vincent Delannoy parle d’une œuvre basée sur un esprit de revanche jamais tout à fait accomplie.

La dernière partie analyse la question commerciale, exposant la manière dont Ensor tente de placer ses toiles et de les vendre à des particuliers et à des musées. Et s’intéresse à un acteur essentiel dans cette optique : le train. Moyen de transport qui permet à Ensor de relier facilement Ostende et Bruxelles (ou encore Paris et Liège), mais également de faire voyager ses œuvres grâce au système efficace du transport des colis par voie de chemin de fer.

Un ouvrage à recommander pour ceux qui souhaitent en découvrir un peu plus sur le personnage de James Ensor. Un connaisseur n’y apprendra sans doute pas grand chose de neuf, mais un lecteur curieux y trouvera matière à s’instruire et à en désirer plus.

Nadège