Club de lecture, Fleuve

Rentrée littéraire – Club de lecture – Un autre bleu que le tien – Marjorie Tixier – Fleuve

Deux avis croisés …

Celui de Simone :

J’ai beaucoup aimé ce livre, il m’a profondément touchée au point de m’aider à aimer ma vie.
Il y a trois femmes profondément blessées, « sans le montrer », qui vont cheminer l’une vers l’autre
dans un chemin de guérison intérieure, se retrouver puis, réparées, apaisées, repartir vers
leurs destinées propres.


Et puis il y a ce petit Solen, sans doute un enfant indigo ou asperger, qui dysfonctionne dès
que l’amour se fige autour de lui : il réagit comme un indicateur d’amour ; très connecté à
lui-même, il sent les choses et arrive à réunir les gens qu’il aime. Il est à l’image de notre enfant intérieur, inter-rieur.

Evidemment c’est un roman, donc peu probable dans les faits, mais tellement nourrissant
dans le courage d’être, avec cette complicité typiquement féminine.

Et celui de Philippe : C’est l’histoire de trois jeunes femmes plutôt quadra qui se retrouvent par hasard dans une petite ville de province suite à des circonstances difficiles.

L’une y vit avec son compagnon depuis plusieurs années, elle est devenue muette suite à une quasi  noyade dans l’océan. Son couple vit dans l’amour mais aussi dans le silence quasiment complet. Récemment séparée, l’autre est amputée des deux jambes suite à un accident d’escalade et doit se soigner dans des eaux thermales où elle fait la connaissance de la première. Leurs deux personnalités très différentes se confrontent et naît une amitié. La troisième s’est installée là avec son jeune fils, à la recherche d’une mère qu’elle croyait morte et qui, peut-être, y serait installée. Elle bénéficie de la bienveillance d’un commerçant qui la prend en protection, elle et son jeune gamin.

Leurs destins à toutes les trois se croisent et, petit à petit, elles changent leurs manières de voir la vie et de se reconstruire de leur propre drame. Je n’ai lu que la moitié de l’ouvrage. L’écriture est belle et limpide mais lente, très attachée aux détails et à tout ce qui concourt à une atmosphère intimiste. Ca aborde les secrets, les histoires trop douloureuses pour être évoquées, la réparation des fractures secrètes et, peut-être (je ne suis pas allé jusqu’au bout), le prix à payer pour vivre mieux.


Un bel ouvrage, mais il faut aimer…

Club de lecture, L'observatoire

Rentrée littéraire – Club de lecture – Eichmann à Buenos Aires – Ariel Magnus, L’observatoire

Ce livre décrit les années passées en Argentine par Adolf Eichmann, l’architecte de la déportation des Juifs vers les camps de la mort, dans les années cinquante. Son intérêt repose sur un paradoxe : il est à la fois un roman, c’est-à-dire qu’il ne revendique pas la véracité historique. Il est donc écrit de A à Z en se mettant dans la tête d’un des plus grands criminels de tous les temps (observant le monde, réfléchissant à son ancien « travail », inabouti à ses yeux – seulement cinq millions de morts sur la conscience !!! -, à son sort de nazi contraint à la clandestinité, etc.), mais, en même temps, il est écrit par un journaliste qui, à ce titre, a veillé à s’inspirer des meilleures sources bibliographiques, notamment les propres écrits de Eichmann. Cela donne un prétendu « roman » qui se concentre sur les pensées les plus intimes d’Eichmann pendant toutes ces années péronistes et qui, en réalité, n’attache que très peu d’importance au déroulé chronologique de la vie d’Eichmann en Argentine.

On y découvre un homme d’une froideur épouvantable (y compris avec ses enfants), d’un mépris absolu pour les Juifs, machiste, abreuvé d’idées totalitaires et, comme le dit l’auteur, un « assassin timide ». Le livre démarre avec le rapatriement discret de sa femme et ses trois enfants qui arrivent à Buenos Aires grâce au réseau qui organise l’exfiltration des dignitaires nazis depuis l’Allemagne, jusqu’à la capture d’Eichmann par une quatuor de jeunes juifs traqueurs d’ex nazis, en passant par l’obsession de celui-ci à vouloir raconter ses mémoires alors qu’il sait qu’il doit absolument rester discret s’il ne veut pas qu’on retrouve sa trace, cette vanité revancharde étant un des aspects de sa personnalité. On y voit aussi défiler quelques autres nazis avec lesquels il entretient des relations nostalgiques de l’horreur. On y voit tous les détours intellectuels qu’il emprunte pour justifier l’horreur de ses actes et sa haine viscérale des Juifs.


Malgré quelques passages (heureusement rares) où les phrases s’étirent sur une demi-page et ne brillent pas par leur clarté, c’est bien écrit et je ne l’ai pas lâché d’une semelle. Sobre mais glaçant !!

Un avis de Philippe

Club de lecture, Presses de la cité

Rentrée littéraire – Club de lecture – Pavillon des combattantes – Emma Donoghue – Presses de la cité

Récit qui nous plonge dans les années 1918-1920 à Dublin dans un service dédié aux femmes qui éprouvent des difficultés durant leur grossesse et qui présentent l’infection de la grippe espagnole.

En suivant le vécu de l’infirmière de service, nous découvrons l’horreur de cette infection, les injonctions du gouvernement qui ressemblent de manière très prégnante à celles du premier confinement. Idem pour la méfiance des gens dans la rue, les transports en commun.

J’ai dévoré ce livre tant cet auteur nous tient en haleine dans ce quotidien de l’infirmière, de son adjointe inopinée et de sa collègue sœur. Il dépeint d’une part le sens du devoir de cette sœur qui assure les soins la nuit, son sacerdoce et la malédiction religieuse qu’elle nomme face à ces femmes dites « paria de la société » et d’autre part, l’humanité de cette jeune infirmière qui se retrouve à la tête d’un service sans y être préparée. L’intervention de la gynécologue, qui a réellement existé, montre aussi le tiraillement des Irlandais durant cette période de guerre et cette épidémie entre sauver sa patrie, ses femmes ou aller dans le sens de la politique et de la religion en vigueur.

Livre haletant, interpellant vu les similitudes avec le covid-19 mais très explicite sur les duretés du soin dans ces conditions d’hygiène difficiles.

Un avis de Christine