L'Olivier, Romans

Un papillon, un scarabée, une rose – Aimée Bender – L’Olivier

Francie est une petite fille presque comme les autres ; elle a une mère pas du tout comme les autres. Un jour, celle-ci installe partout dans leur appartement des petits magnétophones, qu’elle cache sous des tentes de papier qui ne dupent personne …  C’est la bizarrerie de trop : la jeune femme, psychotique, sera désormais prise en charge par une institution, et Francie, qui a huit ans, ira vivre chez sa tante, la sœur de sa mère, qui vient d’accoucher de Vicky. Elles seront élevées comme des sœurs.

Ce n’est pas un livre sur la psychose, ni sur la vie en institution psychiatrique, ni même sur la cohabitation dans une famille qui n’est pas tout à fait la vôtre, ou sur le fait de grandir loin de sa mère – quoi qu’il soit aussi question de tout cela. C’est un livre qui parle de transformation et d’émancipation, de compréhension et de pardon, d’éclosion et d’épanouissement, de singularité habitée et assumée.

Car singulière, Francie l’est aussi, foncièrement, mais d’une autre façon que sa mère : plus discrète et moins embarrassante. Une fois adulte, alors qu’elle a un travail – qui ne lui déplaît pas plus qu’il ne lui plaît –, un appartement, une passion – chiner dans les vide-greniers, rendre aux objets leur éclat et les revendre – et une vie sociale conventionnelle – des activités divertissantes le weekend, avec des connaissances qu’elle ne déteste ni n’aime vraiment … – des images de son enfance remontent des limbes de sa mémoire et se colorent d’une lueur aussi éclatante que mystérieuse. Elles deviennent en enjeu existentiel et l’objet de sa quête : Francie se plonge dans ses souvenirs pour élucider les journées lointaines où ont surgi, inopinés et inoubliables, le papillon, le scarabée, la rose. Ce faisant, elle se tisse peu à peu une vie qui lui ressemble, une vie où elle cesse d’essayer de correspondre à une norme et de marcher sur des chemins balisés.

Rien ne sera élucidé, dans les va-et-vient entre le présent et le passé qui rythment le roman : on ne saura pas ce que sont ces images : des hallucinations, les signes ténus d’une folie dont les médecins ne trouvent aucune trace dans les examens auxquels se prête une Francie inquiète et perplexe, des métaphores … ? On l’ignore – et d’ailleurs l’essentiel n’est pas là : il est dans l’exploration de ces images et de leur histoire, pas dans leur nature ou leur définition, ainsi que dans la trame qu’elles tissent en Francie, et dont les reflets enluminent son existence.

Tout cela fait d’Un papillon, un scarabée, une rose, un roman lumineux dont il émane une grâce subtile pénétrante. Il est empreint d’une sensibilité vive et fine, mais aussi de fantaisie et de merveilleux, et Aimée Bender y déploie une écriture simple, fluide et légère. Enfin, on s’attache dès les premières pages à cette enfant singulière, ainsi qu’à sa quête, qui résonne profondément en nous : ne sommes-nous pas, nous aussi, hanté(e)s par des images inoubliables et impérissables, essentielles et fondatrices ?

Albin Michel, L'Olivier, Stock

Quelques lectures en vrac

Mais non je n’ai pas disparu et oui je lis encore mais j’étais noyée sous les livres scolaires Clin d'œil

 

Voici mes dernières lectures :

 

« Des vies d’oiseaux », Véronique Ovald, éditions de l’Olivier

viesd'oiseaux.gifPaloma a fuit sa famille trop conventionnelle pour une vie plus libre. Avec son amant elle squatte des maisons inhabitées des beaux quartiers durant les vacances des propriétaires. Vida Izzara, sa mère, se rend compte qu’elle a occupé la maison familiale et rencontre le lieutenant Taïbo venu enquêter sur cette affaire. Ce sera l’occasion pour Vida de retourné à Irigoy, son village d’enfance, et prendre conscience de la vie trop réglée qu’elle mène. Les quatre personnages principaux sont magnifiquement décrits dans leurs actions et leurs sentiments. De très belles histoires d’amour sur fond de liberté.

éditions de L’Olivier.

 

 

 

« La confusion des peines », Laurence Tardieu, éditions Stock

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Ce livre, Laurence Tardieu, l’a longtemps mûri. Elle a même demandé à son père la permission de l’écrire. Permission refusée mais transgressée car arrive le moment ou il faut passer outre et dire les choses. Or dans la famille Tardieu, rien ne se dit. Il faut garder les apparences et ne pas s’étaler même si toute la presse en parle. Au-delà du fait divers, les pots de vin versé par le père pour obtenir un marché juteux dans les DOM-TOM, l’auteur parle de sa relation avec la mère mais surtout avec le père. Les souvenirs d’enfance lui reviennent, les bons comme les mauvais mais finalement toutes les épreuves traversées n’ont fait que renforcer l’amour que la fille porte à son père.

Je ne sais si le père a finalement lu le livre, mais je serais fière d’avoir une fille comme Laurence Tardieu.

 

 

« Tuer le père », Amélie Nothomb, Albin Michel

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Je lis Amélie Nothom tous les deux ans, donc c’était cette année. Le roman est bien construit, les personnages sympathiques, l’histoire pas mal et la chute surprenante comme toujours. Rien à redire. Une heure et demi de lecture parsemée de l’un ou l’autre mot « intello » parce que c’est Amélie mais si je vous le résume il n’y a plus de plaisir donc je m’abstiens.