Actualité et animations, auteur belge

Les vers de l’amitié – Karim Pont – Fawkes éditions

Karim Pont, que nous recevons à la librairie le 11 juin de 17h à 19h30, est un ancien joueur de tennis et une figure gembloutoise connue. Amoureux des mots et auteur d’un livre consacré à ce sport, il vient de faire paraître un recueil de poèmes drolatiques parrainé par Bruno Coppens qui a écrit la quatrième de couverture – un texte qui nous invite à suivre les pas de Karim Pont pour réveiller et révéler les mots.

Ce sont des textes aux prises avec l’actuel et l’aujourd’hui que nous livre Karim Pont. Des textes dans lesquels il pose sur notre monde et nos façons un regard critique et ironique, plein d’humour mais aussi d’acide. Il pointe nos erreurs et nos errances, nos contradictions et nos faiblesses ; il n’épargne rien et parle de tous les sujets, des paradis fiscaux aux régimes, de la libération de la femme aux élections, et même, d’une certaine façon, de la condition humaine.

Surtout, ce sont des textes ludiques, qui jouent avec les mots, leurs sons et leurs sens, où l’on sent l’amusement de l’auteur, une liberté de ton et une vivacité qui réjouissent. 

N’hésitez pas à vous inscrire au 081/600.346 ou à librairieantigone@gmail.com

Littérature étrangère, Picquier

Le goût sucré des pastèques volées – Sheng Keyi – traduit du chinois par Brigitte Duzan et Ji Qiaowei – Picquier

Sheng Keyi est née en 1973 dans un village très pauvre de la campagne chinoise. À vingt et un ans, comme beaucoup de jeunes gens, elle quitte sa terre pour la ville, et devient romancière. Dans Le goût sucré des pastèques volées, elle raconte cette enfance, en précisant, à la fin de son récit, que « ce ne sont que des images sur la solitude et la tristesse de [s]son enfance, des souvenirs strictement personnels sans aucune prétention artistique ».

À part pour la prétention, dont elle est dénuée, il ne faut pas la croire. Non que cette période de sa vie ait été épargné par la tristesse et la solitude : la vie était – est toujours, mais d’une autre façon – rude, dans les campagnes chinoises, et l’écrivaine en a éprouvé les rigueurs et l’âpreté. 

Mais son récit, sans les occulter, sans pêcher par idéalisme – pas plus d’ailleurs que par pathos ou misérabilisme – ne se cantonne pas à ces sentiments sombres, loin de là : il donne aussi à voir, à sentir et à rêver la richesse de cette existence dépourvue d’artifices, fondée certes sur le labeur mais aussi sur une manière dense et profonde d’habiter le monde et de tisser des liens – qui semble perdue …

Il brosse ainsi, à travers une expérience singulière, un tableau de la Chine passée et présente, et souvent, Sheng Keyi se révolte et se désole – et nous avec elle ! – des ravages causés par la modernisation, le capitalisme, le consumérisme et la politique du régime en place : saccage de la faune et de la flore, mais aussi des traditions et des coutumes, de l’esprit et de l’âme. À ce titre, c’est un livre à la fois dépaysant et d’un très grand intérêt – la Chine vue par une Chinoise, et non à travers le prisme déformant d’un regard occidental.

S’y déploie, fragment par fragment, le tissu, inconnu et exotique pour nous, de la vie quotidienne d’une petite fille assez pauvre, dans la Chine de l’époque. C’est avec beaucoup de simplicité et de sobriété que la désormais citadine raconte son enfance, évoque ses joies et ses peines, sur un ton juste et avec une écriture très fluide – que la traduction a rendue telle, en tout cas. On sent aussi, dans ses observations et ses réflexions, une attention fine à toutes les manifestations de la vie et des êtres, ainsi qu’aux choses, et une hauteur d’âme, si je puis dire, qui est vivifiante.

Enfin, il faut dire un mot des dessins qui illustrent le livre, et qui sont l’œuvre de l’auteure. On y retrouve une petite silhouette vêtue de rouge et de vert, accompagnée d’un chien, dans des paysages qui donnent à songer. Leur présence, leur douceur candide, n’est pas le moindre des agréments de ce récit, dont la tonalité est certes nostalgique et mélancolique, mais qui sonne comme une conversation que nous accorderait Sheng Keyi, et qu’on voudrait voir durer un peu plus longtemps.

Delphine

Calmann-Lévy

Intuitio, Laurent Gounelle, Une lecture de Jacquy.

Gounelle, je le connaissais pour divers romans tels que « Et tu trouveras le trésor qui dort en toi », « Le jour où j’ai appris à vivre » ou « le philosophe qui n’était pas sage ».

Dès lors où est la différence avec ce dernier roman ?

Est-ce un thriller ? Ce n’est pas du Thilliez mais le côté scientifique y ressemble par moments. J’ai trouvé, par moments, des ressemblances avec Harlan Coben. Le héros réagit « à la Bolitar » quand il se trouve dans une situation inextricable.

Mais, c’est tout de même un Gounelle.

L’histoire prend-elle plus de place par rapport aux « conseils » ?  Oui, sans doute. Il y a plus d’action, le texte est facile à lire, aéré, beaucoup de dialogues et même des dessins qui aident à comprendre le cheminement de la pensée de Timothy, le héros.

Pour apprécier le roman, il faut se laisser aller et vivre l’histoire et avoir l’esprit large pour admettre que l’intuition (tant pis, je dis le terme) existe et peut se référer au présent mais aussi au passé ou au futur. Si on est cartésien, il faut l’oublier pour croire au remote viewing.

L’histoire est  bien construite et le suspense présent de sorte qu’on quitte difficilement le roman en cours. Quant au remote viewing, on est disposé à le croire ou pas. Et si , à la fin du roman, vous êtes encore sceptique, ce n’est pas grave, vous aurez passé un bon moment, c’est le plus important.

Quelques réflexions lues

–          La pluie apparu soudain…Je jetai un coup d’œil au passant dans son beau costume. Sans parapluie. Je ne pus m’empêcher d’en ressentir une pointe de satisfaction, puis haussai les épaules devant ma mesquinerie dérisoire

–          N’importe quoi ! T’as projeté sur moi ton mode de fonctionnement mon vieux 

–          Être libre, c’est agir sur la base de ses propres choix, pas en réaction à ce que disent ou font les autres

–          L’acceptation de nos défauts nous libère du jugement des autres.

http://commander le livre.

Monsieur Toussaint Louverture, Romans

Anne de Green Gables, Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture

Anne… la Maison aux pignons verts… Je pense que Laurence me parle de ce livre et de sa jeune héroïne depuis que je suis arrivée à la librairie. Monsieur Toussaint Louverture ayant eu la bonne idée de proposer une nouvelle traduction de ce texte dans une magnifique édition, la tentation était grande de m’y plonger. J’ai bien résisté un peu, mais une consœur s’étant jointe au chœur de louanges envers la petite Anne de Green Gables (le titre de l’actuelle version), j’ai évidemment fini par céder. Et quel bonheur ! Si vous n’avez pas encore fait sa connaissance, il est grand temps la rencontrer !

Marilla Cuthbert et son frère Matthew sont un couple de paysans vieillissants. Quand une de leur connaissance se rend à l’orphelinat pour adopter un enfant, ils lui demandent de leur ramener un orphelin : un garçon robuste pour les aider à la ferme. Quelle surprise et quelle déconvenue quand Matthew découvre à la gare une frêle gamine. Et pourtant, il ne faudra qu’un trajet en calèche jusqu’à Green Gables pour que le vieux célibataire effarouché par la gent féminine, et encore plus par les petites filles, ne soit charmé par le babillage incessant de ce drôle de phénomène. Marilla sera plus difficile à convaincre, mais sous ses airs peu accommodants, elle aussi se laissera rapidement attendrir par Anne (avec un E, s’il vous plaît).

Anne pose sur le monde un regard émerveillé, passe des peines les plus profondes aux joies les plus élevées en un quart de seconde, elle accumule les bêtises avec une candeur touchante, elle n’a rien et possède pourtant la plus grande des richesses : une imagination sans limite.

Lire Anne de Green Gables, c’est comme plonger dans un tableau à la craie droit sorti de Mary Poppins, c’est magique, lumineux, réconfortant. D’ailleurs, si ma lecture fut longue dans le temps, c’est sans aucun doute pour avoir le plaisir de faire durer le plaisir de ces joyeux rendez-vous.

Alors, quand viendrez-vous faire connaissance avec Anne ? Elle a tant de choses à vous raconter et tant de joie à vous apporter !

A noter : le tome 2, Anne d’Avonlea est déjà disponible et le tome 3 paraîtra dans quelques mois.

Nadège

Art, Samsa

James Ensor à Bruxelles, Vincent Delannoy, Samsa

Adolescente, je me souviens avoir visité une expo consacrée à Ensor ou la maison de l’artiste à Ostende, je ne sais plus. Une chose est sûre, j’avais été assez impressionnée et marquée par les célèbres représentations de masques. Et ce qui m’a d’abord attirée vers ce livre James Ensor à Bruxelles, c’est cette couverture représentant un tableau tout à fait différent, intitulé Le Lampiste. Quelque chose m’a émue dans ce portrait et donné envie d’en découvrir plus sur ce peintre que je réduisais à ce souvenir d’étranges et sombres carnavals. Et je n’ai pas été déçue : j’ai apprécié cette plongée dans la vie du peintre. Et cela m’a même donné envie de retourner faire un tour à Ostende pour poursuivre ma (re)découverte et/ou de lire une biographie plus générale de l’artiste. James Ensor à Bruxelles est accessible à tout lecteur pour peu qu’il s’intéresse un peu à l’art.

Le jeune James Ensor arrive à Bruxelles en 1877. Âgé de 17 ans, il entre à l’Académie Royale des Beaux-Arts où il étudiera trois ans, alignant les piteux classements en peinture, récoltant des résultats honorables en dessin. Plus tard, il dénigrera l’enseignement de ses maîtres, préférant se déclarer autodidacte (de la même manière, il niera certaines de ses influences). Il sera pourtant soutenu par Jean-François Portaels, directeur de l’Académie, qui rédigera la première recension consacrée au travail de James Ensor dans la revue l’Art Moderne. Plus qu’un lieu d’apprentissage, Bruxelles sera pour Ensor un espace de rencontres (notamment Théo Hannon, poète, critique d’art et directeur de la revue d’avant-garde l’Artiste), d’expositions, d’émulation : il fera partie du groupe des XX, une association d’artistes novateurs qui durera 10 ans. Ensor, quoique séduit par cette initiative d’artistes en marge, finira par se mettre lui-même en marge de la marge lorsque certains de ses membres se laisseront influencer par le peintre pointilliste Seurat : Ensor n’admettant pas que celui-ci lui ait volé la vedette lors d’un salon.

            Sur les questions artistiques, Ensor a des avis tranchés. Par rapport à ses collègues artistes, il n’est pas excessif d’affirmer que les avis d’Ensor sont souvent injustes, partiaux et non dénués d’une certaine intolérance envers tout ce qui ne cadre pas avec ses opinions personnelles. Cette attitude amène Ensor à se brouiller avec des personnes qui, a priori, lui sont favorables et travaillent dans son intérêt. (pp. 54-55)

C’est sans doute l’une des facettes de l’artiste qui m’a le plus marquée lors de cette lecture : ce caractère, semble-t-il imbuvable, qui le pousse à renier tout influence, à garder rancune, voire à retourner ses propres manquements en « cabale envers sa personne », accusant Octave Maus, secrétaire des XX, de refuser des tableaux annoncés pourtant au catalogue de la sixième exposition du groupe :

            Ensor transformera l’absence d’envoi de ses toiles dans les temps en une cabale envers sa personne. James Ensor se complaît à jouer le rôle de la victime christique. (p. 68)

Citant David S. Werman qui compare la figure du peintre à celle de Rimbaud – l’essentiel de sa production datant d’avant 1893 -, Vincent Delannoy parle d’une œuvre basée sur un esprit de revanche jamais tout à fait accomplie.

La dernière partie analyse la question commerciale, exposant la manière dont Ensor tente de placer ses toiles et de les vendre à des particuliers et à des musées. Et s’intéresse à un acteur essentiel dans cette optique : le train. Moyen de transport qui permet à Ensor de relier facilement Ostende et Bruxelles (ou encore Paris et Liège), mais également de faire voyager ses œuvres grâce au système efficace du transport des colis par voie de chemin de fer.

Un ouvrage à recommander pour ceux qui souhaitent en découvrir un peu plus sur le personnage de James Ensor. Un connaisseur n’y apprendra sans doute pas grand chose de neuf, mais un lecteur curieux y trouvera matière à s’instruire et à en désirer plus.

Nadège

Cactus Inébranlable Editions

Nuit. Bruit. Fruit., Timotéo Sergoï, Cactus Inébranlable Éditions

Depuis quelques semaines, je me suis prise de passion pour les recueils d’aphorismes du Cactus Inébranlable. Des p’tits cactus qui aiguillonnent la pensée : s’y piquer, c’est les adopter !

Et quelle joie de voir un dernier-né signé Timotéo Sergoï et intitulé Nuit. Bruit. Fruit.

Ça secoue, ça dégoupille, ça poétise, ça amuse, ça bouscule !

J’ai rencontré l’univers de Timotéo Sergoï durant le premier confinement en lisant Traverser le monde avec un sac de plumes aux belles éditions Murmure des Soirs, un carnet de courts textes, instants de voyage, réflexions sur la vie et la mission d’artiste, rencontres autour du monde. Je suis tombée amoureuse de ses mots, de sa poésie, de son engagement.

J’ai poursuivi avec Apocapitalypse (Territoires de la mémoire), que je vous conseille tout autant.

J’ai cherché ses mots semés en ville à Neufchâteau et à Eghezée. Et c’est avec avidité que je me suis plongée dans ce nouvel opuscule Nuit. Bruit. Fruit. J’y ai retrouvé avec plaisir la verve de l’auteur, son « pessimisme heureux », sa tendresse, son humour et sa poésie, toujours. Qu’il est bon d’être tour à tour surprise, émue, révoltée, enthousiasmée, bousculée.

Bref, lisez Timotéo Sergoï… et frottez-vous aux incontournables éditions du Cactus Inébranlable.

Petit florilège pour vous donner l’eau à la bouche :

  1. Curieux : les grandes nations se font la guerre pour des sources de sachets plastiques.

2. IL vaut mieux, IL fait beau, IL neige. IL va de soi. IL faut. IL pleut. Que fait ce type dans ton jardin ?

3. Artiste, c’est le travail d’une fourmi parmi 7 milliards. A la fois minuscule et essentiel.

4. Ce qu’il y a dans les feuilles de vignes farcies ? C’est Adam qui pourrait nous en parler…

5 La poésie est sans doute une couleur. A première vue, on ne la remarque pas. Mais son absence touche immédiatement. « Il doit y à voir des daltoniens du verbe » se dit-on alors.

A découvrir aussi : un recueil de poésie joliment intitulé Mieux vaut en pleurire qui vient de paraître également, aux éditions Bleu d’encre.

Nadège



La Peuplade

La fille du sculpteur – Tove Jansson – traduit par Catherine Renaud – La Peuplade

Traduit intégralement et édité pour la première fois en français, La fille du sculpteur a été publié en Suède en 1968. C’est le récit d’une enfance inspirée de celle de Tove Jansson, au début du XXe siècle, qui prend la forme d’une série de brefs épisodes peuplés par la famille et les animaux du sculpteur mais aussi par quelques figures étranges – comme Fanny, la vieille dame qui collectionne les cailloux, les coquillages et les animaux morts, allume le feu du sauna et chante pour appeler la pluie, ou « la vieille fille qui avait une idée ». La temporalité y semble brouillée, diluée, flottante, subjective surtout, et pour cause : nous sommes plongés dans le temps vécu par la drôline, un temps qui mêle celui du calendrier et de la vie quotidienne avec celui des histoires et de la vie intérieure, car le narrateur n’est autre que la fille du sculpteur.

Ce choix d’un point de vue enfantin fonde la féérie de ce récit à l’atmosphère surréelle. Le monde de l’enfant est habité : par les humains et leurs animaux, mais aussi par l’ange de la rocaille, la « grosse créature grise » qui rampe sur le port à la brunante, les serpents du tapis … Une forme de pensée magique dote les êtres et les choses de pouvoirs étranges, et les secondes, en sus, d’une vie insoupçonnée. Les frontières entre le réel et l’imaginaire sont floues et poreuses ; on ne distingue pas clairement ce qui arrive et est perçu de ce qui est imaginé et projeté : les propos « réalistes » et « fantaisistes » sont posés avec autant d’aplomb et de naturel ; la vie et les fables semblent inextricablement entremêlées. Enfin, une attention passionnée, celle de la petite, affirme et restaure la valeur et l’importance foncières de toute chose, de tout ce qui est et se manifeste, jusqu’aux détails et aux phénomènes les plus infimes ou « insignifiants » – selon un point de vue « adulte », s’entend.

Cette vision du monde, à la fois onirique et ancrée dans la chair du monde, fait de La Fille du sculpteur une fantasmagorie qu’on est tout disposé à prendre pour réelle, sous l’influence de l’enfantine et inébranlable foi de la narratrice en ses contes merveilleux, et de l’impression d’évidence qui émane de sa parole vive et simple – si l’on consent à se prêter au jeu … C’est un livre qui suggère que nous avons, par la façon dont nous la regardons, un pouvoir créateur sur notre existence – non sans ambiguïté : il peut sembler que ce soit l’apanage de l’enfance, et on sent une tension entre le regard de l’enfant et celui des adultes… Un livre qui rappelle et atteste, par le charme qu’il diffuse, la nécessité et la puissance des histoires et des mots, pourvoyeurs de sécurité – « Tout le reste est dehors et rien ne peut entrer », le temps d’une histoire, et on peut répéter « un grand mot encore et encore jusqu’à ce qu’on soit en sécurité » – mais aussi et surtout de joie.

En somme, un livre inspirant et réjouissant, qui arrache et déplace, qui fait l’éloge de l’imaginaire et d’une existence vouée à la création et au bonheur, qui enchante tout en invitant à réenchanter notre vie – cela paraît simple, si simple, à le lire …

Delphine

Actualité et animations

Fête de la librairie indépendante 2021

Depuis 2011, le dernier samedi d’avril, quarante librairies indépendantes en Belgique
francophone emboîtent le pas à leurs consœurs françaises, luxembourgeoises et suisses pour fêter les auteurs, les livres et la librairie.

C’est l’occasion pour elles d’offrir à leurs clients un livre dédié et une rose* en référence à San
Jordi, patron des libraires. Cet événement originaire de Catalogne est devenu sous l’égide de l’Unesco le 23 avril, la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur.

Il ne s’agit pas d’une autre fête de la consommation mais bien d’un moment de partage avec
les lecteurs qui privilégient les librairies indépendantes parce qu’ils y retrouvent des valeurs, des
choix, des échanges, des rencontres, de l’écoute, de la convivialité et cet on ne sait quoi que l’on ne cherchait pas !

Cette année, les librairies ont obtenu une place toute particulière dans le cœur des
lecteurs… Alors, en ce 24 avril, les libraires vont vous dire MERCI car c’est bien vous qui les
rendez essentielles
!

Le livre offert à l’occasion de cette fête veille toujours à transmettre un aspect de l’histoire ou de la
culture du livre. Cette année, il célèbre le prix unique ! En France, cela fait 40 ans que l’éditeur décide du prix du livre et que tous les points de vente doivent respecter ce prix. En Belgique voici trois ans que le décret relatif à la protection culturelle du livre a vu le jour en Wallonie et à Bruxelles (2018 Wallonie, 2019 pour la Région Bruxelles-Capitale, 2017 Flandre) mais ce n’est que depuis 2021 que l’on parle véritablement de prix unique. Respecter ce prix dans tous les points de vente permet de préserver la création, la diversité éditoriale et le maintien d’un large réseau de librairies en Belgique Francophone

Que l’on achète un livre édité en 2021 à Marseille ou à Bruxelles, en librairies
indépendantes ou ailleurs, la seule chose qui ne changera pas c’est son prix !
Et pour ce même prix, une librairie indépendante « vous en donne tellement plus » !
Alors ce samedi 24 avril, plus que tout autre jour, venez à la rencontre des livres et
des libraires. Laissez-vous surprendre par le pouvoir des lieux particuliers que sont
les librairies.

*Contrairement à ce qui est annoncé dans le communiqué de presse, je n’offrirai pas de rose car ce n’est pas la saison et je ne veux pas offrir une fleur importée par avion.

Les impressions nouvelles, Récit

Ce qui reste, de Nicole Malinconi, Les Impressions nouvelles

La rencontre avec un auteur ne se fait pas toujours à la première lecture. J’étais à l’université quand j’ai dû lire Nous deux/Da Solo de Nicole Malinconi. A l’époque, je suis totalement passée à côté. Je serais même bien incapable de me rappeler de quoi parlaient ces textes et je n’avais jamais vraiment envisagé de lire autre chose de cette auteure. Jusqu’à ce hasard, il y a quelques semaines. En déballant un colis, voici que se retrouve entre mes mains sa dernière publication en date : Ce qui reste. Pour quelle raison ai-je feuilleté ce livre ? Mystère. Un appel inconscient, sans doute. Inaudible, mais pressant. J’en ai lu quelques lignes : Dans les maisons de nos grands-parents, il y avait des napperons sur les tables et les dossiers des fauteuils […] des vitres derrière lesquelles le dehors se mettait à gondoler lorsqu’on bougeait la tête […] des crucifix suspendus au-dessus des portes d’entrée, tenant un rameau de buis entre leurs bras […] des piles d’assiettes grandes, profondes et petites, quantités de tasses, plats, saucières et soupières en porcelaine fleurie, l’ensemble nommé beau service, rangé derrière les portes vitrées des armoires des salles à manger comme s’il en avait fait partie. […]

Bref, j’ai lu tout le chapitre. J’ai commandé le livre pour moi. J’ai attendu de m’y plonger pour voyager dans le temps. Bien sûr, je ne fais pas partie de cette génération des enfants de l’après-guerre dont Nicole Malinconi fait le portrait, plutôt des petits-enfants. Mais j’y ai retrouvé un parfum connu d’une époque révolue et touché du bout des doigts de la petite enfance : les très fines épluchures de pommes de terre, les fers qui portaient bien leur nom sur les étagères, les vieux draps, les prières.

Nicole Malinconi raconte l’histoire de ces enfants nés juste après la guerre, jusqu’en 1969. Les rôles bien définis du père et de la mère, l’aura du Maître (d’école), les Vacances des enfants, les Congés payés des pères ; les secrets de famille bien gardés dont des bribes finissent toujours par échapper, mais jamais le fin mot ; les rêves de salle de bain, d’automobile, de télévision, de téléphone : On disait, c’est le progrès ; le bruit courait qu’on ne l’arrêterait pas.

Les croyances, les habitudes, les coutumes, les expressions (savoureux chapitre 20). Tout y passe, de manière presque anthropologique, mais toujours avec délicatesse. L’écriture est simple et élégante. On savoure ce court récit d’à peine 125 pages avec la sensation d’une tendre traversée des années.

Nadège

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deux romans de Julia Thévenot, Sarbacane

résumé :

Inès, 12 ans, est le genre à castagner ceux qui cherchent des embrouilles à son frère, Tristan, autiste de 16 ans. Tristan lui, est plutôt du genre à regarder des deux côtés avant de traverser. Mais ce jour-là, il ne parvient pas à retenir sa sœur qui, courant après son chien… … bascule dans un univers parallèle. Bordeterre. C’est le nom de cette ville, perchée sur une faille entre deux plans de réalité.
On y croise des gamins qui chantent pour faire tourner un moulin, des châtelains qui pêchent des cailloux… et des créatures étranges. Inès, par nature, est ravie. Elle explore, renifle le derrière de Bordeterre avec une joie souveraine, comme le chien qu’elle a suivi. Tristan est plus inquiet : il y a quelque chose de pourri dans cette ville.

Le commentaire de Florence , notre lectrice assidue !

« Tristan et Inès sont en vacances, au camping des Flottiers. Lors d’une promenade, ils passent accidentellement dans une sorte d’autre dimension appelée Bordeterre. Leur arrivée dans cette ville pas-comme-les-autres marque à la fois le début d’une aventure totalement rocambolesque et la renaissance d’un souffle révolutionnaire dans les rues de Bordeterre, souffle qui avait été étouffé lors du dernier Débordement.

Il m’a fallu beaucoup de temps pour accrocher à l’histoire. Mais une fois que j’y étais, je me suis laissée entraînée par l’univers totalement nouveau de Bordeterre. Le lac Zéro, Bordetôle, le château… Autant de lieux qui vous surprendront à coup sûr.
Les personnages sont assez attachants et tous différents. Vous avez tout le choix du monde. Et, évidemment, je me suis attachée au personnage qui était destiné à mourir à la fin. Comme par hasard ; du moi tout craché. « 

Le nouveau roman de Julie Thévenot, a été écrit quant elle était presque à la fin de l’écriture de Bordeterre. Elle avait besoin de souffler un peu et ce livre, dit-elle, est presque venu naturellement.

L’autrice reconnait qu’elle a pris un risque car le roman est raconté par un héroïne qui refuse l’amour que lui porte un garçon. Ce refus pourrait induire un manque d’empathie vis à vis de la narratrice mais le but du livre était de montrer que l’amour ne fonctionne pas toujours et qu’on peut le refuser.

D’un tout autre genre, puisque dans celui-ci, il n’y a pas de fantastique, on y retrouve pourtant la poésie et la musicalité qui font la marque de fabrique de Bordeterre.

Plusieurs genres littéraires s’y retrouvent, le roman épistolaire, la poésie, le théâtre. L’autrice recommande de lire son roman d’une traire comme une performance. Elle ne désavouerait pas qu’on le lise à haute voix.