Grasset, Littérature étrangère, Romans

Vers le paradis, Hanya Yanaghiara, Grasset

Paru début septembre, Vers le paradis, impressionnant roman – tant en volume, qu’en qualité – de Hanya Yanaghiara méritait d’attendre une période plus propice afin de le savourer. C’est donc début janvier que j’ai entamé cette lecture. Durant trois semaines, je me suis immergée dans ce(s) formidable(s) livre(s) et j’en suis sortie fascinée par le talent de cette talentueuse autrice.

Si j’écris « livres » au pluriel, c’est que ce roman est en réalité constitué de trois parties intitulées respectivement « LIVRE I », « LIVRE II » et « LIVRE III ». Juste appellation puisque chacune de ces parties nous conte une histoire distincte et pourtant le tout forme un ensemble, un roman. Ce qui relie ces trois « livres », c’est – entre autres – une maison sise Washington Square à New York.

Le premier livre se déroule en 1893. Le récit débute par un dîner dominical dans une famille de le haute société new yorkaise. Ce dîner réunit Nathaniel Bingham et ses trois petits-enfants adultes. Deux d’entre eux sont mariés ; le dernier, David, âgé de 29 ans, est toujours célibataire. A la fin du repas, Nathaniel invite David à le rejoindre dans son bureau pour parler mariage. Début classique, penserez-vous. Pourtant, un détail nous fait basculer dans une autre réalité : dans ce New York du XIXe siècle imaginé par Hanya Yanaghiara, chacun(e) se marie avec qui il ou elle le souhaite, sans jugement d’orientation sexuelle. C’est donc la proposition d’un prétendant que Nathaniel soumet à son petit-fils. David est libre d’accepter ou de refuser… libre aussi de se marier ou non… libre d’aimer là où on son cœur le porte, en théorie. Mais vivre dans un Etat libre suffit-il à l’être vraiment ?

Le deuxième livre s’ouvre cent ans plus tard : 1993, années sida. Un jeune homme originaire d’Hawaï partage la vie d’un homme de trente ans son aîné. Différence d’âges, différence d’origines, différence de classes aussi. Si ce jeune homme n’a que peu de consistance et d’importance aux yeux des amis de son compagnon, il cache un vécu beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Enfin, le troisième livre, le plus conséquent – la moitié du roman – nous propulse dans un New York de 2093 régit par un gouvernement totalitaire, les libertés individuelles sont de l’histoire ancienne, tellement révolue que peu s’en souviennent. Les épidémies se sont multipliées, le réchauffement climatique s’est intensifié, les rapports humains se sont totalement délités. La narratrice s’interroge sur les activités de son mari après avoir découvert de petits mots dans une boîte. En alternance à son récit, un autre narrateur s’exprime à travers une correspondance écrite des décennies auparavant. Progressivement les récits se rejoignent pour nous dévoiler comment le monde s’est désagrégé en si peu de temps.

Jusqu’au bout Hanya Yanghiara maîtrise son (ses) récit(s). Vers le paradis est un roman d’une grande intelligence, une analyse fine de la société, des comportements humains, des dérives déjà à l’œuvre et de leurs possibles conséquences. C’est un roman qui déstabilise son lecteur en bousculant ses attentes, qui pose sans doute plus de questions qu’il n’apporte de réponses, un grand roman à découvrir.

Nadège

Fantasy/Science-fiction, J'ai lu, Littérature étrangère, poche

Le prieuré de l’oranger de Samantha Shannon.

Un monde divisé.
Un reinaume sans héritière.
Un ancien ennemi s’éveille.
La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…
Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.
De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence.
Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil… Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Sorti en 2019, «Le prieuré de l’oranger» s’est très vite installé comme étant l’une des nouvelles pépites de la littérature fantasy. Avec ces plus de 1000 pages, Samantha Shannon, considérée comme la « nouvelle Robin Hobb », nous plonge dans un univers médiéval et mystique, où Est et Ouest se divise un peu plus chaque jour, notamment, à cause de la peste draconique, maladie contagieuse et dangereuse venue de l’Ouest. Et à l’inverse, où Orientaux sont considérés comme hérétiques par rapport à leur proximité avec les dragons. Au Sud, Le prieuré de l’Oranger, qui n’a pratiquement aucun contact avec l’extérieur, est une sororité de femmes formées à la magie et au combat.

Le récit suit plusieurs personnages importants de l’histoire, du côté des deux frontières, ce qui permet aux lecteurs de rapidement s’orienter géographiquement. A l’Est, Sabran, la Reine d’Inys et  Ead Duryan, sa dame de chambre. A l’Ouest, Tané, dragonnière en devenir, ainsi que le docteur Niclays Roos.

Ce roman féministe assumé  où principaux rôles et postes de pouvoir sont pourvus par des femmes, l’auteur arrive, sans militantisme, à leur donner une belle place.  

Quant à l’univers, rien n’est laissé au hasard, culturellement inspirés de différentes régions de notre monde, il est riche en traditions, ce qui en fait une belle peinture de fond, le tout en un tome seulement.

Même si l’intrigue est assez classique, s’unir pour affronter le mal, c’est une lecture divertissante où des thématiques actuelles sont transposées dans un univers riche aux personnages attachants.

Disponible en grand format chez De Saxus : https://www.librel.be/livre/9782378760373-le-prieure-de-l-oranger-samantha-shannon/

Mais également en poche, en deux parties, chez J’ai Lu : https://www.librel.be/livre/9782290253175-le-prieure-de-l-oranger-partie-1-samantha-shannon/

En Mars 2023, découvrez le préquel du Prieuré de l’Oranger , « Un jour de nuit tombée » aux éditions De Saxus.

Leeloo.

Bande dessinée, Casterman, Dargaud

Les BD que nous avons lues et que nous avons aimées.

« Un roman graphique touchant dans lequel Mayana Itoïz rend hommage à sa grand-mère. »

Les petits morceaux sont ceux d’une photo, déchirée, par Pierre, le mari de Léo. Durant la seconde guerre mondiale, Léo travaille dans l’auberge familiale réquisitionnée par l’occupant. Elle vit secrètement une histoire d’amour avec une jeune soldat allemand, Félix. Le temps est passé…devenue mère, puis grand-mère, c’est à la fin de ses jours qu’elle révèlera l’histoire de son passé.

« Jean Claude Servais revient à ses premiers amours, les contes ruraux des Ardennes. « 

Au 18e siècle, le petit Bellem et sa mystérieuse mère se rendent au château de Reinhardstein, où l’enfant remet une lettre au Marquis de Vauban. Celle-ci révèle qu’il est le fils de la fée Mélusine. Recueilli par le maquis dont la fortune doit sa fortune à la fée, Bellem suivra une éducation religieuse, en compagnie de Marie-Charlotte la jeune comtesse. L’enfant fait preuve d’une cruauté très inventive, d’un don pour les farces inspirées et d’un goût pour la liberté qui va le jeter droit sur les chemins de la découverte de lui-même, au gré d’aventures pleines de magie, d’amour et de drame..

« Hoka Hey ! est un merveilleux hommage au western américain. »

Elevé de force par le pasteur qui administre sa réserve, Georges est un jeune Lakota oubliant peu à peu ses racines et rêvant d’un monde inspiré du modèle américain. Il va croiser la route de Little Knife, un amérindien cherchant à retrouver le meurtrier de sa mère, ainsi que de deux acolytes. Poursuivi par les autorités, une longue quête les attende, où transmission culturelle et partage sont au coeur du récit.

« A l’heure où préoccupations écologiques et aspirations à la décroissance génèrent de nombreuses vocations de néo-ruraux, Le Collectif apporte un témoignage joyeux et plein d’optimisme de ce choix de vie pas si utopique. »

Tout plaquer pour partir vivre au vert et vivre dans un mode de vie plus solidaire…c’est le défi que Mich et Julie se sont lancés en créant un collectif avec des jeunes venant d’arriver dans leur hameau. Tout est à faire, potager, jardin, répartition des récoltes,… La richesse du groupe basé d’abord sur les différences deviennent un problème.

« Les héros pensionnés manifestent contre le néocapitalisme dans la septième fournée des Vieux Fourneaux. »

A Montcoeur, la fête bat son plein en ce premier Mai, où le maire a organisé un pique-nique de l’amitié. Soudain, celui-ci est victime d’une agression à l’arme blanche. On y apprend aussi la mort de d’Armand Garan-Servier, le patron de l’entreprise qui porte son nom. À son décès s’ajoutent d’ailleurs plusieurs incendies inexpliqués qui ne font qu’attiser les tensions déjà palpables dans le village.

Loin de là, à Paris, Antoine participe à la manifestation du 1er mai, où il s’oppose à la violence d’un militant des « black blocs », avant de se retrouver à l’hôpital après une charge policière musclée.

Et encore…

« La philosophie à la portée de tous, une belle adaptation du célèbre roman philosophique de l’écrivain norvégien Jostein Gaarder »

« Qui es-tu ? », « D’où vient le monde ? »,..Sophie reçoit d’intrigantes questions par lettre. La jeune fille est propulsée dans une aventure où elle découvre les principales figures de la philosophie occidentale, et surtout elle-même !

« Avec le sixième tome de « L’Arabe du futur », consacré aux années 1994-2011, Riad Sattouf achève merveilleusement sa série autobiographique. »

Racontant l’enfance et l’adolescence de l’auteur, fils aîné d’une mère française et d’un père syrien. L’histoire nous mène de la Libye du colonel Kadhafi à la Syrie d’Hafez Al-Assad en passant par la Bretagne, de Rennes au cap Fréhel.
Ce sixième tome couvre les années 1994-2011.
C’est le dernier de la série culte de Riad Sattouf, vendue à plus de 3 millions d’exemplaires et traduites dans 23 langues.

« Blake et Mortimer restent immortels et incontournables dans le paysage d’une bande dessinée classique et inventive. »

Printemps 1963. Dans l’Oural, au coeur de l’Empire soviétique, une mission archéologique découvre sept cercueils dont les cadavres ont la peau du visage arrachée. Au même moment, à Berlin, un homme se fait tirer dessus alors qu’il franchit le Mur coupant la ville en deux. Avant de succomber, il réussit à prononcer un mot étrange : Doppelgänger. A priori, aucun rapport entre ces deux événements. Mais en réalité, il existe bien un lien entre la macabre découverte et le transfuge abattu: Julius Kranz, un chirurgien est-allemand spécialiste des manipulations électro-chirurgicales sur le cerveau humain. Blake et Mortimer vont croiser la route de ce scientifique machiavélique qui prépare la plus grande mystification de l’histoire de l’humanité…

« Une passionnante quête de vérités au coeur des vignes. »

Pas de repos pour Alexandra Baudricourt dont le domaine viticole risque toujours la faillite. Séparée de son mari, elle est bien décidée à trouver les moyens nécessaires pour garantir l’indépendance de sa propriété et faire évoluer ses méthodes de production. Acculée, trompée, elle va très progressivement remonter la piste de ceux qui veulent lui faire du tort et faire éclater la vérité sur l’accident qui a coûté la vie de son chef de culture.
Le dernier épisode de la saison 2 de Châteaux Bordeaux nous entraîne au cœur d’une industrie en pleine mutation, où tous les coups sont permis.

Prison de Boniato, au nord de Santiago de Cuba. Dans une cellule, un homme cherche à sauver sa peau. Il implore le directeur d’envoyer un mail à un certain Boris Denisov, un Russe qui pourrait le sortir de cet enfer. A Washington, Jason Mac Lane, alias XIII, est devenu conseiller spécial à la sécurité. Depuis que la Fondation Mayflower, un mouvement d’extrême-droite a reprogrammé sa mémoire, il a tout oublié de son passé. Désormais dévoué à Mayflower, il ignore que ses lunettes, munies d’une caméra, révèlent tous ses faits et gestes à Janet, son épouse, membre éminent de l’organisation. Jason s’apprête justement à s’envoler pour Cuba afin de récupérer le prisonnier. Car le mail a été intercepté : le dénommé Tadine, un hacker de premier ordre, pourrait contribuer à la réélection d’Allerton. Problème, c’est que Boris Denisov s’intéresse lui aussi à Tades. Et que le président Allerton, qui se méfie des ambitions de Janet, ne verrait pas d’un mauvais oeil la disparition de Jason…

« Avec Sabbath Grand Derby, Arthur de Pins met un point final à Zombillénium. »

Le parc d’attractions Zombillénium garde toujours prisonniers des dizaines de visiteurs. Il est convoité par de nombreux démons, chacun désireux d’en devenir actionnaire majoritaire. Seule méthode d’arbitrage acceptée de tous : le Sabbath Grand Derby, épreuve sportive aussi violente qu’inventive où s’affrontent cinq sorcières auxquelles vont être donnés en pâture les visiteurs du parc. Parmi les candidates, Gretchen, tente le tout pour le tout. Les spectateurs du Sabbath Grand Derby, retransmis comme un banal programme de téléréalité, vont en prendre plein les yeux !

« José Luis Munuera adapte librement : Un chant de Noël, de Charles Dickens, un classique de la littérature anglo-saxonne. »

Londres, 1843. Tous les habitants, les mieux lotis comme les plus démunis, s’apprêtent à fêter Noël, à l’exception de Scrooge. Aux yeux de cette riche commerçante, seuls le travail et l’argent ont de l’importance. Une nuit, des esprits viennent lui rendre visite. Ils l’emmènent avec eux, à la rencontre de la jeune fille qu’elle était, quelques années plus tôt, lorsque la cupidité n’avait pas encore rongé son coeur.

« Le bonheur, c’est comme un jardin, ça se cultive ! »

Margaux sent que son couple vacille. Après sa dernière dispute très orageuse avec Pacco, elle déploie des trésors d’amour et d’attention, mais, tel un ours, il boude et poursuit sa vie dans son coin. Et si Margaux trouve enfin l’idée qui pourrait les réconcilier, les deux amoureux peinent à relever le défi. Margaux décide alors de se recentrer sur elle-même, afin de mieux comprendre les sentiments mélangés qui la divisent.

Arléa, auteur belge, Espeluète, Inculte, La contre-Allée, littérature belge, Philippe Rey, Prix Rossel, Romans

La sélection du Prix Rossel 2022 est connue

Parmi les livres repris, j’en ai lu deux que j’ai beaucoup aimés.

Le premier lu est « Sauvage est celui qui se sauve » de Veronika Mabardi, édité par les éditions Esperluète.

C’est un très beau texte dans lequel l’autrice évoque son frère décédé. Celui-ci, d’origine coréenne, avait été adopté par la famille Mabardi et avait presque le même âge qu’elle. C’est un récit beau, touchant, poétique qui rend hommage à ce frère trop tôt disparu, artiste en devenir tourmenté par son déracinement et qui n’a pas su s’apaiser.

Le livre est accompagné de dessins de ce frère aimé qui a laissé une trace indélébile dans la vie de Veronika Mabardi.

Le livre est disponible à la librairie au prix de 19€.

Le deuxième livre de la sélection que j’ai lu et beaucoup apprécié est « L’engravement » d’Eva Kavian publié aux éditions La Contre-Allée.

Ils sont là sur le chemin, ces parents, solitaires, en couple, en famille ou pas. C’est le jour des visites, celui ou, malgré la foule, on se sent seul pour aller rendre visite à cet enfant enfermé en hôpital psychiatrique. Chacun y va avec son vécu, sa petite voix intérieure qui relate son humeur, son amour, sa tristesse ou peut-être sa joie parce que c’est le jour de sortie. Eva Kavian fait parler ses personnages de très belle manière et emmène son lecteur à sa suite dans des émotions fortes. Chaque petit chapitre est entrecoupé d’un court texte, voix de aseptisée masquant les émotions.

Ce roman m’a bouleversée, je n’avais qu’une envie en le refermant, c’était de le relire et de le partager avec vous, lecteurs. C’est pourquoi, j’ai invité Eva Kavian a venir nous parler de son travail d’écriture.

La rencontre avec Eva Kavian aura lieu le mercredi 16 novembre à 19h30 à la librairie.

N’hésitez pas à vous inscrire au 081/600.346 ou à librairieantigone@skynet.be

Les autres livres sélectionnés sont

L’apparence du vivant de Charlotte Bourlard publié aux éditions Inculte

Ainsi pleurent nos hommes de Dominique Celis publié aux éditions Philippe Rey

L’apocalypse heureuse de Stéphane Lambert publié chez Arléa

Club de lecture, Plon, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Valse fauve – Pénélope Rose – Plon

Lecture de Christine

Histoire de Rose, femme mariée à la sauvette à Mr André. André reste secret sur sa vie et ramène un jour une fillette très jeune qu’ils appelleront Michèle.

Très vite, André s’engage dans la résistance (guerre 40-44) et laisse Rose et Michèle à leur triste sort : narration dure mais très réaliste de la vie du quotidien des différents habitants du village sous la domination des « Salauds » et description de ce quotidien où chacun vit sa guerre différemment : « Nous n’avions plus les mêmes ennemis, nous ne vivions plus la même guerre. Ni lui, ni moi, ni les autres voisins, ni personne » (p.141)

Chaque début ou fin de chapitre reprend des lettres envoyées par ces résistants ou par Rose à son André.

Cette femme tient grâce à la composition de listes d’activités à réaliser : « cela a été un soulagement. Poser le crayon sur un bout de papier, y déposer des mots qui devenaient quelque chose à bâtir. Le crayon telle qu’une baguette de sorcier faisait apparaître sur la feuille un avenir agréable » (p.88)

Ce livre décrit la force de ces personnes qui subissent cette guerre. Il est jalonné de divers rebondissements et qui obligent le lecteur à lire l’entièreté pour comprendre enfin l’introduction.

Personnellement, je suis restée accrochée à ce livre et à cette histoire.

Club de lecture, L'iconoclaste, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Tibi la Blanche – Hadrien Bels – L’Iconoclaste

Trois adolescents en dernière année du Lycée à Dakar racontent leur quotidien. Venant de familles diamétralement différentes, ils expliquent leur façon de vivre le quotidien mais surtout leur façon de considérer le Blanc, les cousins qui vivent en France et ceux qui ont le pouvoir en tant qu’africain dans leur pays ou en France.

Tibilé est l’héroïne de ce livre, « elle résiste à tout, elle est dans une résistance silencieuse »  et nous permet de voir le contraste entre l’éducation très traditionnelle de sa mère et celle de son père.

Pour sa mère :  « les Soninkées ne se marient pas avec les Diola. Les traditions déteignent trop dans les bassines du mariage … Elle dira « oui » à un garçon, oui à sa mère, elle veut rester dans le bain chaud familial … elle jouera le jeu qu’on attend d’elle » (p.123) et celle de son père. Ce dernier a fait la Sorbonne, vend des produits venant d’Europe et souhaite que sa fille fasse des études et qu’elle aille faire ce qu’elle veut en France. Leur maison est ouverte à qui veut : « chez les Kanté, les pas de porte sont des parkings de claquettes que tu peux emprunter comme des voitures de location. » (p.55)

Isaa est un ado peul, ancré dans les quartiers pauvres de Dakar. Pour y être allé, l’auteur décrit vraiment l’ambiance de ces quartiers et la débrouille de ces jeunes. Isaa est styliste et gagne sa vie en cousant les vêtements pour les mariages, cérémonies. Il veut son bac pour faire un BTS stylisme.

Neurone est issu d’une famille sénégalaise qui a réussi : père a une grande usine inter-export de voitures venant de partout, riche et très en retrait par rapport au quotidien de Tibilé et Isaa. Son père ne souhaite qu’une chose, c’est qu’il aille faire ses études à Paris « La France va ouvrir à son fils ses bras flasques de vieille blanche et elle ne la lâchera plus. »(p.34)

Neurone apprécie être avec ses amis car ils lui ouvrent une autre façon de vivre le quotidien et la vie au Sénégal.
Livre montrant l’impact du colonialisme, le vécu des familles qui vont en France et qui renient leur pays d’origine.

Beaucoup d’expressions assez suaves à mes yeux : pour parler de la chaleur et de la nuit qui vient : « la lune est couverte d’une couette sombre et la nuit retient ses larmes. » (p.88)

 pour parler des fous sortant d’un asile, l’auteur écrit « on les retrouve dans le quartier, comme des cerfs-volants sans ficelle. » (p.61)    

Club de lecture, L'Olivier, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Tenir sa langue – Polina Panassenko –Editions de l’Olivier

Lecture de Laurence J. (et coup de cœur de Laurence Merveille !)

Le livre (roman, récit ?) commence alors que Pauline à l’état civil tente de récupérer
son prénom de naissance, Polina, que l’administration a remplacé par son équivalent
français. Cela s’est passé sans qu’elle s’en rende vraiment compte, les documents
étaient plutôt équivoques, elle croyait pouvoir utiliser l’un ou l’autre.


En fait, le livre alterne chapitres récents, relatifs à la procédure légale (rendez-vous
au tribunal, échanges avec l’avocate), et souvenirs d’enfance, entre la Russie natale et
la France d’accueil. Polina est née à Moscou. Le début de sa vie, elle le passe dans l’appartement communautaire qu’elle occupe avec ses parents, sa sœur et ses grands-
parents. Au lendemain de la chute de l’URSS (les chars dans les rues, Boris Eltsine, tout ça tout ça), ses parents décident de quitter le pays pour la France (dans la région
de Saint-Etienne). Polina a quatre ou cinq ans, on ne lui explique pas vraiment ce qui
se passe ou elle ne le comprend pas, donc elle va s’intégrer à la dure.


Il semble qu’elle ait gardé des souvenirs très clairs de son apprentissage du français
(souvent cocasses ou émouvants), mais aussi des stratégies mises en œuvre par sa
mère pour lui permettre de (re)tenir sa langue maternelle. Polina retourne tous les
étés en Russie, dans la datcha des grands-parents. Là-bas, elle ne doit pas dire qu’elle
vit en France, car sa famille craint un enlèvement. Par le biais d’un cas très personnel,
on touche donc à ce que cela signifie d’être biculturel, et comment cette double
culture s’acquiert et s’installe.


C’est tantôt drôle, tantôt touchant, toujours juste. La langue est moderne et bien
maîtrisée. Certains (courts) passages sont en russe, sans que la traduction soit
indiquée (par un astérisque), mais la signification apparaît dans le texte-même. C’est
le seul élément qui pourrait déranger certains lecteurs. Très chouette découverte.

Club de lecture, Plon, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Le Salon – Oscar Lalo – Plon

Lecture de Christine

L’auteur se décrit comme « un pauvre type paumé, naufragé, exténué de ne pas être lui-même » (p.85)

Enfant orphelin de mère à 14 ans, l’auteur vit au crochet de son père qui le regarde peu et le considère comme un minable. Lors d’une visite chez le coiffeur, il contracte une dette qu’il va rembourser en introduisant la littérature au sein du salon de coiffure. Il est soutenu dans cette aventure par un petit libraire, érudit et qui lui fait découvrir la littérature et ses beautés et ce, en partant de Flaubert. Une amitié intense se noue entre ce libraire et ce jeune adulte de 30 ans. Ce dernier devient de plus en plus instruit à son contact et relie avec la passion de sa mère, la littérature. Il écrit pour parler de ce lien entre lui, sa mère et la littérature ceci : « La littérature est une vieille plaie pour éviter mon père, je venais me coller contre elle et parvenais parfois à chiper des bribes ce qu’elle aimait. » (p.115)

Ces fous amoureux des livres et des liens ténus entre les auteurs, nous portent dans une valse sans fin entre Flaubert, Nerval, Rousseau et bien d’autres. C’est une quête aussi sur sa propre identité, sa liberté d’être et son histoire personnelle.

« Un livre rassasie quelques heures, tient chaud pendant l’hiver ou nourrit toute une vie. » (p.120)  

Albin Michel, Club de lecture, Littérature étrangère, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Arpenter la nuit – Leila Mottley – Albin Michel

Lecture de Laurence J.

Je dois bien dire qu’après les premiers chapitres, une désagréable impression de déjà-lu m’a prise. Une jeune fille noire dans un quartier défavorisé, père mort, mère en
prison, frère irresponsable, c’est dur et très malheureux mais bon, on connaît, elle
tombe dans la prostitution, va-t-elle s’en sortir ?


Heureusement, plus loin, l’histoire se fait plus originale, et j’ai réussi à véritablement
accrocher au roman. Car si Kiara tombe dans la prostitution un peu par hasard et
bien malgré elle, elle y reste par calcul pour payer le loyer et s’occuper de son petit
voisin (leur relation illumine le roman). Et elle va devenir la prostituée de référence
d’un commissariat ; on l’appelle pour les pots de départ et les soirées poker entre
flics. Comme elle est encore mineure, il va y avoir des pépins. Il lui faudra bien du
courage pour dénoncer ce dont elle est victime.


Cette Kiara de fiction, qui est la narratrice du livre, prend vraiment chair sous nos
yeux de lecteur, car elle est complexe, à la fois dure et tendre, fragile mais capable de
tout pour survivre et surtout généreuse envers ceux qu’elle aime. On est sans cesse
au plus près de ses pensées et de son vécu. La plume de Leila Mottley est plutôt
poétique.


Ce qui est le plus remarquable, c’est que ce roman (un peu longuet parfois) a été écrit
par une gamine de 17 ans et qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie déguisée. C’est
un fait divers survenu dans sa ville, East Oakland (de l’autre côté de la baie de San
Francisco), qui est à la base de cette histoire, mais tout le reste est fictionnel. Très
prometteur.

Club de lecture, Grasset, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Stardust – Léonora Miano – Grasset

Lecture de Christine

Ce livre raconte assez crûment le quotidien de Louise, femme camerounaise, arrivée à Paris, avec son bébé Bliss, né en France. Cette femme séparée volontairement de son mari, atterrit pour éviter les hôtels miteux du 19ème arrondissement, dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Crimée à Paris. Elle nous raconte en phrases courtes, la réalité dans ce centre. Elle dépeint la réalité de quelques femmes présentes dans ce centre et explique la difficulté d’être dans ce statut de paria de la société française. Récit palpitant, assez dur sur la réalité humaine. L’autrice cherche à nous faire réfléchir sur notre façon de considérer l’Autre qui se retrouve dans une difficulté majeure de vie mais elle nous montre aussi les relations qui peuvent s’installer entre humaines quand la dignité est mise à mal.