Julliard, littérature française, Romans

Le dernier enfant, Philippe Besson, Julliard

« Elle le détaille alors qu’il va prendre sa place : les cheveux en broussaille, le visage encore ensommeillé, il porte juste un caleçon et un tee-shirt informe, marche pieds nus sur le carrelage. Pas à son avantage et pourtant d’une beauté qui continue de l’époustoufler, de la gonfler d’orgueil. Et aussitôt, elle songe, alors qu’elle s’était juré de se l’interdire, qu’elle s’était répété non il ne faut pas y songer, surtout pas, oui voici qu’elle songe, au risque de la souffrance, au risque de ne pas pouvoir réprimer un hoquet, un sanglot : c’est la dernière fois qu’il apparaît ainsi, c’est le dernier matin. Et immanquablement, elle renvoyée à tous les matins qui ont précédés, ceux des balbutiements et ceux de l’affirmation… »

Théo 18 ans, part s’installer dans un studio à 40km de la maison familiale pour commencer ses études supérieures. C’est dimanche matin, et Anne-Marie, sa maman, va vivre la journée, sans doute, la plus éprouvante de sa vie. Tout au long de cette journée, nous serons dans ses pensées, ses émotions, ses réflexions sur les petits riens du quotidien qui seront les dernières fois en famille car le petit dernier quitte le nid.

D’autres personnages gravitent autour de ces deux-là, Patrick d’abord, mari et père, un peu bourru mais bienveillant et sans doute, bien plus touché qu’il ne veut le montrer à sa femme et son fils.

La voisine, Françoise, qui essaie de consoler son amie mais dont les platitudes ne font qu’accentuer la douleur.

Tout l’art de Philippe Besson est de sonder l’âme de cette mère de famille et d’en faire un modèle touchant de vérité. Il a bien compris combien il est difficile pour une mère de se retrouver démunie quand toute sa vie a tourné autour de ses enfants et que désormais, ceux-ci n’ont plus besoin d’elle.

L'iconoclaste, littérature française, Romans

Liv Maria, de Julia Kerninon, éd. L’iconoclaste

Sorti en septembre 2020, je m’étais promise de lire ce roman mais je n’en avais pas encore eu le temps. Voilà qui est fait et je ne le regrette pas. J’étais certaine de sa qualité pour avoir eu l’occasion d’écouteur l’autrice en parler lors d’un visio-conférence en août. Mais pour certains livres, il est difficile cependant de convaincre le chaland quand on n’a pas eu l’occasion de les lire.

Maintenant je pourrai, en toute connaissance de cause, dire que ce livre est puissant comme le personnage central du roman, Liv Maria.

La question qui traverse cette histoire est « Qui sommes-nous exactement ? » L’enfant de nos parents et de leur histoire respective avec toutes les conséquences que cela peut avoir, surtout s’il y a des non-dits. Puis la somme de toutes nos expériences de vie avec les autres, amoureux, oncles, tantes, amis. Toutes ces expériences nous conditionnent et quoi qu’il arrive, que l’on y pense ou qu’on les enfouisse, elles peuvent nous hanter ou remonter à la surface sans crier gare.

Quand elle rencontre son mari, Liv Maria a déjà eu mille vies, a voyagé mais surtout a vécu une histoire d’amour fondamentale à la sortie de l’adolescence qui l’a façonnée même si elle n’y pense plus très souvent.

Cette femme forte s’est aussi construite grâce à l’amour de ses parents trop tôt disparus; le père lui a donné l’amour de la littérature et le don des langues, la mère lui a donné une force mentale incroyable. Et tout cela tout à coup est au bord de l’effondrement, parce que les secrets ne sont jamais facile à porter.

Un roman magnifique, envoûtant, à l’écriture simple mais tellement juste.

Laurence