Un père accompagne son fils au bord d’une rivière tumultueuse, quelque part en Amérique du Sud. Il lui apprend à pêcher. Mais l’affaire tourne mal et l’enfant est emporté par un monstre aux allures de requin. Son père devient fou et n’ose pas retourner dans son village pour avouer à la Maman le manque de vigilance dont il a fait preuve. Il s’enfonce dans la jungle avec un énorme sentiment de culpabilité. Il tombe sur la Cuja, une vieille femme qui a une terrible réputation et qui décide néanmoins de l’aider au prix d’un pacte avec elle.
Ce livre court et écrit comme une fable ou une métaphore sur la vie pose la question de la survie après la mort d’un enfant. Comment vivre avec le poids de la culpabilité ? Comment renouer avec la vie ? Peut-on encore lui faire confiance ? La vengeance a-t-elle un sens ? Comment renouer avec la communauté humaine ? La mort est-elle la seule solution ? Peu friand de fables, j’ai pourtant été happé par ce roman court et bien écrit, lu quasiment d’une traite.
Une révélation ! Un plaisir intégral de découvrir ce livre et cet auteur. Récit très bien écrit et bien structuré. A partager absolument pour tout qui s’intéresse, de près ou même de loin, à la terre, à la ruralité, à l’élevage, mais surtout à la façon dont une certaine conception du soin à la terre et aux animaux s’entrechoque (très) violemment aux exigences de l’agriculture industrielle.
Cela se passe en France, mais pourrait se passer en Belgique. Un agriculteur d’à peine 38 ans, harcelé par des fonctionnaires zélés et insensibles, fait barrage aux procédures qui s’abattent sur sa têt en matière de suivi sanitaire et décide de « cavaler » dans la forêt, où il disparait pendant dix jours. Ceci est inspiré d’un fait divers authentique qui s’est déroulé (dramatiquement!) en France il y a trois ans. Bien qu’il s’agisse d’un ROMAN, l’intelligence de l’autrice est d’avoir rendu cela plausible via une bibliographie très élaborée et, surtout, d’avoir opté pour une construction narrative en deux temps.
Primo, les jours de cavales en solitaire de Jacques Bonhomme (le nom du personnage central, allusion aux Jacqueries), l’un après l’autre. Secundo, faire parler, entre chaque jour de cavale, ceux et celles qui connaissent cet agriculteur hors normes (par ailleurs, grand lecteur) et qui attestent non seulement de sa bonne foi, mais aussi de sa pratique d’une agriculture vraiment et profondément saine, tant sur le plan « physique » que « moral »: sa soeur, un couple d’amis, d’autres cultivateurs, et… un des fonctionnaires obnubilés par la bureaucratie, troublé par le « mal qu’il a fait, peut-être…. »
C’est un roman profondément ancré dans notre époque, magnifiquement écrit (qui m’a vraiment ému à deux reprises) et qui fait beaucoup, beaucoup écho aux grandes questions de l’avenir des équilibres sur la Terre.
Humain, profond et contemporain (malgré, peut-être, un petit rebondissement dans les dix dernières pages qui n’était peut-être pas indispensable, mais ceci est vraiment mineur….).
La première vie de Cat s’arrête à l’âge de 12 ans, quand, avec sa sœur jumelle, elle quitte la maison familiale, maman et papy suite à un drame.
Après des années en orphelinat, Cat et El s’installent alors que Ross, le petit voisin de leur jeunesse, réapparait dans leur vie. Finalement, Ross épousera El.
Embarquée dans des souvenirs liés à Mirrorland, lieu imaginaire mais bien réel par certains aspects, mélange de l’Ile au Trésor, de Shawshank Redemption, du Monde de Narnia … Cat quitte l’Ecosse pour Los Angeles.
La disparition d’El la fait revenir à Edimbourg et elle devra se battre avec ses souvenirs pour essayer de comprendre ce qui est arrivé à sa sœur. Les messages et indices qui jalonnent son parcours l’obligent à démêler le vrai du faux.
Toute l’histoire est écrite du point de vue de Cat. Le style peut être surprenant au début, Cat oscillant du présent à ses souvenirs sans transition.
Si j’ai regretté une légère baisse d’intensité à la fin de la première partie, un évènement majeur relance brillamment l’intrigue. J’ai vraiment été transporté par cette histoire et par sa fin qui fait la synthèse entre réalité et imaginaire.
Espérons que l’engouement autour de ce premier roman donnera l’idée de faire traduire en français les nombreuses nouvelles écrites par Carole Johnstone.
Serenata et Remington forment un couple plutôt uni, à la soixantaine, par une belle complicité. Les enfants ont quitté le nid ; la fille s’est mariée à un ultra-religieux catholique et enchaîne les grossesses et les prières. Quant au fils, il vit d’expédients et rentre de temps en temps chez papa-maman quand il manque d’argent. Un jour, Remington, qui s’est fait virer de son travail, annonce à Serenata qu’il envisage de courir un marathon.
Ce roman se lit de manière agréable, même si on ne comprend pas au premier abord ce qui met Serenata, la protagoniste principale, aussi en colère dans le fait que son mari se décide, à plus de 60 ans, à courir son premier marathon. Elle ne l’encourage en aucune manière, considérant qu’il ne fait que répondre à une mode horripilante. Dans leur couple, c’est elle la sportive, depuis toujours, mais sans compétition ni publicité. Par contre, des problèmes de genou l’obligent à limiter sa pratique journalière, ce qui l’irrite au plus haut point. Elle doit se faire opérer, mais retarde l’échéance, par peur. Elle a aussi des problèmes de boulot, car elle est voix pour des livres audio, et on lui reproche aujourd’hui ce qu’on appréciait chez elle hier, à savoir de bien imiter les accents.
Premier livre de Lionel Shriver pour moi, donc pas de comparaison possible avec des ouvrages antérieurs. Problème pour moi, la traduction du titre. En anglais, The motion of the body through space, soit Le déplacement du corps dans l’espace, une expression qui revient à plusieurs reprises dans le roman, alors que je n’ai même pas vu passer le temps (qui n’est pas celui de Rem lors de son marathon) qui sert de titre en français.
Le vrai thème du livre, c’est le vieillissement et la difficulté à accepter la réduction des capacités physiques qui y est liée. D’autres thèmes s’y greffent, comme la mode des défis en sport et le business que c’est devenu (après le marathon, le triathlon avec une vraie critique du toujours plus qu’on observe dans ce genre de milieu), l’adhésion à une religion et la perte de libre arbitre que l’on retrouve chez les adeptes (et le parallèle entre sport et religion est parfois parlant), le délabrement des services publics, les listes des choses à faire avant de mourir et aussi le politiquement correct (#metoo et black lives matter sont passés par là).
Au niveau du style, il y a beaucoup de dialogues (plus que dans ce que je lis d’habitude) et de monologues intérieurs. Les dialogues sont souvent très réussis, surtout entre époux, mais le procédé est parfois lourd. Le ton est sarcastique, mais parfois dépasse les limites de la méchanceté. Ce n’est pas si drôle que ça se voudrait, même si ce n’est jamais dénué de pertinence. On peut également reprocher quelques longueurs et répétitions. Toutefois, je ne me suis pas ennuyée.
Durant mes vacances, j’ai lu le nouveau livre de Giuseppe Santoliquido, auteur que nous avions reçu en 2013 pour son roman Voyage corsaire paru chez Ker.
En 2005, dans un petit village italien, une jeune fille de 15 ans disparaît. Chiara a disparu sur le chemin, pas bien long, entre sa maison et celle de sa cousine un peu plus âgée qu’elle, avec laquelle elle devait se rendre à la fête du village. Nous suivons le déroulement de l’enquête mais surtout l’installation d’un spectacle télévisuel mis en scène peu à peu par les télévisions nationales avec la complicité de Lucia, la cousine.
Tout le monde a les yeux rivés sur son écran pour scruter les moindres faits et gestes de la famille, du procureur, des enquêteurs. Ce qui est le cas également de Sandro, le narrateur de l’histoire.
Ce jeune homme, mis au ban du village pour une raison que nous découvrirons au fil du récit était, à une époque, très proche de la famille de Lucia et principalement du Pasquale, le père de celle-ci.
Grâce à sa voix, nous sommes entraînés dans une Italie rurale, magnifique mais ancestrale où les coutumes restent bien ancrées dans le quotidien même chez les plus jeunes. Le suspense est très bien maîtrisé et le lecteur se perd en conjectures pour trouver pourquoi, comment et qui a bien pu faire disparaître Chiara. Mais Giuseppe Santoliquido, ne perd pas son lecteur et son écriture, maîtrisée et très belle, donne à ce roman une très belle couleur.
Une lecture que je vous conseille vivement. Nous recevrons l’auteur le jeudi 30 septembre à 19h30.