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Décès de Jacques Gérard, fondateur de la librairie Antigone

C’est avec tristesse que je vous annonce que Jacques Gérard, fondateur de la librairie qui me l’avait cédée en 2005, est décédé fin août. Lorsqu’il a créé la librairie, en 1994, il avait à cœur de transmettre son amour des livres et des belles phrases.

Mais être librairie ce n’était pas que cela, disait-il, c’était également partager des idées, ouvrir les esprits. Il y a un peu plus d’un an, quand il est venu à la rencontre organisée avec Thomas Gunzig, il m’avait dit qu’il était heureux de constater que j’avais désormais dépassé le nombre d’années qu’il avait passées à la librairie.

Son bébé a survécu et s’est développé. J’en suis fière mais surtout je lui en suis reconnaissante car il a partagé avec moi son savoir pendant les quelques années que nous avons passées ensemble. L’année prochaine la librairie aura donc 30 ans et j’aurai une pensée émue pour lui car j’aurais voulu fêter cela avec lui.

Mais, comme l’ont souligné ses amis lors de son enterrement, Jacques était un homme joyeux, optimiste et qui avait toujours mille idées alors je vais suivre son exemple et vous parler dans un prochain article de notre programme de cette fin d’année en espérant qu’il vous donne envie de nous rejoindre pour une, deux ou toutes les activités proposées.

Ker éditions

Vous qui entrez à Montechiarro, Vincent Engel, Ker éditions

Ce nouveau roman de Vincent Engel clôt le cycle « Le monde d’Asmodée » commencé avec le roman Retour à Montechiarro dont l’édition originale est parue chez Fayard en 2001 et disponible depuis 2003 au Livre de poche.

Si vous avez suivi le cycle comme je l’ai fait tout au long de ces années, vous avez peut-être lu Requiem Vénitien, Les Angéliques, Les Absentes, La peur du Paradis, Le miroir des illusions et Raphaël et Laëtitia. Je vous les cite dans l’ordre de parution mais ce n’est pas grave si vous ne les avez pas tous lus car chaque roman peut être lu séparément et dans l’ordre que vous voulez.

Selon l’auteur, « découvrir l’un plutôt que l’autre en premier lieu influence sur la lecture de la suite ».

 Tous ces livres se passent en Italie, entre Venise et la Toscane et racontent la vie de membres de plusieurs familles liées entre elles par l’amour, la guerre, la jalousie, l’abandon également et cela sur quelques générations.

Cette grande fresque historique se termine aujourd’hui avec ce nouveau roman composé de trois parties.

La première, intitulée Les morts se passe de 1890 à 1900 à Venise où un descendant d’une des familles toscanes évoquées dans d’autres romans, Roberto Coniglio, accompagne sa mère internée dans un hôpital psychiatrique. Cet homme de 34 ans qui a vécu sous la coupe de sa mère et de son frère va tomber amoureux d’une jeune femme fantasque et mystérieuse ; grâce à elle il se sentira enfin vivant. Mais, comme toujours dans les livres de Vincent Engel, entre l’amour et la mort, il n’y a qu’un pas et l’aventure dans laquelle l’auteur nous emmène nous tient en haleine.

La deuxième partie, intitulée Les errances, se passe de 1926 à 1945, dans l’Italie fasciste. Stefano Volpe, descendant d’une grande famille vénitienne, déshérité à la mort de son grand-père par le parti au pouvoir, se retrouve à la tête du camp de Lipari, où il va terroriser tant les miliciens sous ses ordres que les prisonniers politiques qui y sont retenus. Il y a évidemment un lien avec la première partie du livre que je vous laisse découvrir.

Enfin dans la troisième partie, un dénommé Baptiste Morgan, au mi-temps de sa vie, part à Venise pour se retrouver à la suite d’une rupture amoureuse. Alors que la pandémie de Covid 19 s’annonce et qu’il est confiné dans une ville déserte, il décide d’effectuer des recherches sur un aïeul dont son frère vient de lui révéler l’existence et qui a vécu à Montechiarro.

C’est une fameuse prouesse de la part de l’auteur que d’arriver à lier tous les livres du cycle italien à tous ses autres livres. Ceux qui auront lus tous les livres de Vincent Engel y verront une belle mise en abyme de son œuvre et pour les autres, une belle invitation à la découvrir.

L’auteur sera à la librairie le jeudi 7 décembre à 19h30. N’hésitez pas à venir car votre curiosité sera récompensée par une surprise !

Laurence

Actes Sud, J'ai lu, Littérature étrangère, poche, Romans

Littérature japonaise en poche

La Grande Traversée, Shion Miura, Actes Sud, Babel

La Grande Traversée, c’est l’épopée menant à la réalisation d’un nouveau dictionnaire. Araki, arrivé à l’heure de la retraite, trouve en Majimé, un jeune employé de sa maison d’édition, son digne successeur. Ce dernier, est tout aussi passionné par la langue japonaise et méthodique dans son travail qu’il est gauche et laborieux dans ses relations sociales. Or comment définir des mots dont on n’a jamais fait l’expérience ? L’amour, par exemple.


La Grande Traversée, c’est aussi l’éclosion de Majimé qui, s’il gardera toujours une forme de maladresse à la fois exaspérante et attachante, gagnera progressivement sa propre confiance et le respect des gens qui l’entourent.

La bibliothèque des rêves secrets, Michiko Aoyama, J’ai lu

De livres, d’amour, d’éclosion professionnelle et personnelle, il en est aussi question dans La bibliothèque des rêves secrets, de Michiko Aoyama. Chaque chapitre de ce roman choral est consacré à un personnage à la croisée des chemins, en quête de sens et d’une place dans la vie. Tous se retrouvent au centre social de leur quartier où ils font la rencontre d’une bibliothécaire qui les aidera, grâce à ces étranges et judicieux conseils, toujours accompagnés d’un « petit plus », à découvrir leur réponse à cette simple mais vertigineuse question : « Que cherchez-vous ? »

Au prochain arrêt, Hiro Arikawa, Actes Sud, Babel

Après Les Mémoires d’un chat où nous suivions les pérégrinations de Satoru et son chat Nana, Hiro Arikawa nous invite à embarquer à bord du train reliant Takarazuka à Nishinomiya… et retour. A chaque station des personnages montent ou descendent, se croisent, se rencontrent, s’observent, des phrases sont happées, des relations naissent, des encouragements et du réconfort sont apportés : un balai d’inconnus qui par le hasard de leurs trajets le deviennent un peu moins. A emporter impérativement lors de votre prochaine escapade ferroviaire !

Nadège

L'Atalante, Littérature étrangère, Littérature de l'imaginaire, Livre de poche, poche, Romans

Histoires de moine, de robot et d’héroïnes

Histoires de moine et de robot, Becky Chambers, L’Atalante

De la SF porteuse d’espoir et accessible aux non-amateurs, c’est ce que propose Becky Chambers avec les deux tomes de ses Histoires de moine et de robot : Un psaume pour les recyclés sauvages et Une prière pour les cimes timides.

Voilà bien longtemps, les robots ont accédé à la conscience. Alors que les Hommes leur ont proposé le statut de citoyen, les robots ont préféré rejoindre les forêts et mener une vie sauvage. Ils se sont cependant promis de revenir un jour prendre des nouvelles des humains. Quand commence Un psaume pour les recyclés sauvages, nous rencontrons Dex, moine qui a perdu le sens de son existence et décide de partir pour une sorte de pèlerinage en solitaire. C’est au cours de ce périple qu’iel rencontre Omphale, un robot qui s’est porté volontaire pour aller à la rencontres des humains. Les robots ont bien réfléchi à la question qu’Omphale devrait leur poser : « De quoi les gens ont-ils besoin ? »

Dans le second tome, Une prière pour les cimes timides, Dex et Omphale repartent ensemble vers le monde civilisé. A chaque personne rencontrée, Omphale pose sa question et comprend qu’elle n’est pas si évidente : elle dépend de chaque personne rencontrée. Dex de son côté redécouvre le monde à travers le regard de son compagnon, capable de s’émerveiller à répétition devant les choses les plus simples et les plus banales pour qui n’y prête plus attention.

Deux courts romans – moins de 300 pages, si on les additionne – qui posent pourtant des questions d’une grande profondeur et habitent longtemps la tête et le cœur du lecteur.

Les Dix Mille Portes de January et Eclats dormants, Alix E. Harrow, Hachette, Le Rayon Imaginaire

Le Rayon Imaginaire des éditions Hachette, c’est une collection qui invite à s’initier ou approfondir sa découverte des littératures de l’imaginaire. Trois romans d’Alix E. Harrow en font partie, dont deux sont disponibles à la librairie : Les Dix Mille Portes de January (désormais disponible en Livre de Poche) et Eclats dormants. Ces deux romans sont portés par des héroïnes capables de voyager entre les mondes.

January, d’abord, jeune fille habitant dans le manoir du riche employeur de son père. Celui-ci parcourt le monde à la recherche d’objets rares et est donc peu présent ; quant à sa mère, January, n’en a aucun souvenir. Quand January découvre qu’elle a le pouvoir de traverser des portes accédant à d’autres dimensions, c’est une véritable aventure qui commence !

Zinnia, quant à elle, héroïne du premier « conte fracturé » d’Alix E. Harrow, fête ses 21 ans et sait que ce sera certainement son dernier anniversaire, étant atteinte d’une maladie rare à laquelle personne n’a survécu au-delà de cet âge. A cette occasion, sa meilleure amie lui prépare une surprise : Zinnia ayant une passion pour la Belle au bois dormant, Charm lui a concocté une soirée thématique, allant jusqu’à se procurer un rouet auquel elle enjoint son amie à se piquer le doigt. Zinnia obtempère et se retrouve propulsée dans une pièce, face à une autre jeune femme s’apprêtant à faire le même geste. Zinnia l’en empêche et la voilà prise dans l’histoire de la princesse Primerose.

Une réinvention moderne et féministe de la Belle au bois dormant, dans laquelle les princesses ne sont pas si ingénues que la tradition aime à le laisser croire et sont bien décidées à contrecarrer le destin, encouragées par la force de la sororité.

Nadège

10/18, Albin Michel, L'Olivier, Littérature étrangère, littérature française, Romans

Cocktail estival : Histoire, humour et mystère

Le médecin de Cape Town, E. J. Levy, L’Olivier

Inspiré de la véritable histoire de Margaret Bulkley qui au 19ème siècle fut travestie dès son adolescence afin de suivre des études de médecine et vécu toute sa vie sous l’identité masculine du docteur James Barry, ce roman est à la fois un récit intime et une véritable aventure : si son secret était découvert, « le médecin de Cape Town » serait triplement menacé de mort pour travestissement, exercice illégal de la médecine par une femme, qui plus est au sein de l’armée. Une vie fascinante dont E. J. Levy s’est emparée avec brio. A noter, en fin d’ouvrage, un commentaire précisant ce qui relève des faits historiques et les événements modifiés pour le roman. Une excellente lecture pour les vacances !

Drame de pique, Sophie Hénaff, Albin Michel

Envie de légèreté et d’humour ? (Re)plongez-vous dans la série des « Poulets grillés » de Sophie Hénaff : une bande de bras cassés à qui l’on confie les dossiers les plus calamiteux, tout en les dépossédant des moyens les plus élémentaires pour les résoudre. Dans ce quatrième tome, la brigade est plus oubliée que jamais quand un nouveau directeur récemment promu et en manque d’effectif décide de les appeler en renfort : s’ils font leur preuve, ils seront réintégrés. Cela ne plaît pas à tout le monde dans l’équipe : chacun s’étant approprié leur commissariat de la rue des Innocents et appréciant échapper à la hiérarchie et à tous les protocoles administratifs légaux. Anne Capestan, cependant, accueille avec joie et ambition, ce possible retour en grâce. Alors qu’un agresseur à la seringue sévit dans Paris, Anne et son équipe reprennent du service. Comme toujours, c’est moins la résolution de l’énigme qui importe que l’humour de Sophié Hénaff et de ces attachants enquêteurs.

La disparition d’Audrey Wilde, Eve Chase, 10/18

Kate Morton résume ce livre ainsi : « des sœurs, des secrets et des mystères non résolus ». On ne pourrait mieux dire. Le roman s’ouvre sur une étrange scène nocturne, à la fin de l’été 1959 : quatre sœurs traînent un corps dans le jardin du manoir d’Applecote, en Angleterre. Cinquante ans plus tard, une famille recomposée : Will, Jessie, Bella – la fille de Will et sa défunte épouse Mandy – et Romy, la cadette. Londoniens, Will et Jessie cherchent une maison à la campagne : Jessie, particulièrement, qui ne supporte plus de vivre dans la maison où les souvenirs du premier mariage de Will sont partout.

Nous les rencontrons alors qu’ils visitent le manoir d’Applecote : Jessie est sous le charme. Certes, c’est loin de Londres et il faudra rénover quelque peu cette bâtisse abandonnée depuis longtemps, mais elle est si décidée, qu’elle finit par convaincre Will. Elle ne soupçonne pas le passé trouble qui hante le lieu et la passion dont Bella se prendra pour la mystérieuse disparition de la jeune Audrey Wilde des décennies plus tôt. Comment donner une place aux fantômes sans les laisser nous hanter, c’est la question à laquelle se trouvent confrontés les personnages de ce roman, tant dans le passé que dans le présent.

Nadège