littérature française, Livre de poche, poche

« Voix d’extinction », Sophie Hénaff, Livre de Poche

A l’heure où les experts du GIEC affirment que « les demi-mesures ne sont plus une option », est-il opportun de proposer un roman léger et amusant concernant la sixième extinction ? On peut se poser la question en découvrant « Voix d’extinction » de Sophie Hénaff (précédemment remarquée pour sa formidable brigade de « Poulets grillés ») et c’est avec une certaine appréhension que je me suis lancée dans sa lecture. Entre curiosité et scepticisme. Et pourtant, oui ! il est possible de remplir le défi d’un roman à la fois interpellant et distrayant, la gravité toujours présente sous la drôlerie et la cocasserie coutumières de l’auteure.

Le contexte : nous sommes en 2031, les populations animales sont en passe de disparaître définitivement et une réunion de chefs d’états est organisée afin de voter un traité de protection de la nature. La situation est plus qu’urgente. Et même quasiment désespérée, car la principale voix pour défendre les animaux dans cette assemblée est Martin Bénétant, or s’il est un généticien hors pair, prix Nobel de surcroît, il manque également profondément de confiance en lui et risque de ne pas peser lourd face à la puissance de lobbys menés principalement par son ennemi juré, Edouard Soutellin. Ne sachant plus à qui s’adresser pour obtenir du soutien et un brin de chance dans cette course contre-la-montre, Martin finit par se dire que si vraiment Dieu existe et tient à sa création, il serait temps qu’il intervienne.

Et voilà l’idée totalement improbable de Sophie Hénaff : non seulement Dieu – ou Déesse, plutôt – entend la supplique de l’homme, mais découvrir l’état dans lequel se trouve le monde provoque sa fureur. Noé est convoqué, sermonné et ordre lui est donné de remédier à la situation, non en redescendant sur Terre (hors de question, cette fois !), mais en choisissant quatre représentants du règne animal chargés d’aller défendre eux-mêmes leur cause dans les débats. La mission de Noé : leur donner forme humaine et parfaire leur couverture en leur inculquant les règles de savoir-vivre nécessaires. Malheureusement, le temps est compté et les quatre animaux choisis – un gorille, une truie, une chatte et un chien – sont envoyés sur Terre sans avoir tout à fait bien intégrés les us et coutumes des hommes ni perdus leurs réflexes instinctifs. S’ensuivent des situations tour à tours drôles et touchantes : Sophie Hénaff a un don d’observation fabuleux et rend à merveille les habitudes de chacun de ces animaux, donnant lieu à des scènes tout à fait loufoques quand elles sont exécutées par des êtres humains. On sourit beaucoup, on rit aussi, et on ne manque pas de fulminer contre la bêtise et l’arrogance de notre espèce si prompte à se croire supérieure et si encline à générer des catastrophes pour quelques affligeants billets. Pourtant, tant Kombo le gorille que Bouboule le hamster vous démontreront vaillamment que, du plus imposant au plus petit, chaque espèce à sa raison d’être et qu’il serait grand temps de nous rappeler que de cette nature nous faisons partie.

Nadège

Livre de poche

Toute passion abolie, Vita Sackville-West, Livre de Poche

« Voyez-vous, Carrie, j’entends devenir complètement égoïste, comment dire, m’immerger dans mon grand âge.« 

Henry Lyulph Holland, « chevalier de l’ordre de la Jarretière, grand-croix de l’ordre du Bain, grand commandeur de l’Etoile des Indes, grand commandeur de l’ordre de l’Empire des Indes, etc.« , vient de s’éteindre. A son chevet, sa veuve l’observe. On pourrait la croire anéantie devant la dépouille du compagnon d’une vie. Or ce sont bien d’autres pensées qui traversent l’esprit de lady Slane. Alors que ses enfants discutent de l’avenir de leur mère, celle-ci entrevoit la concrétisation d’un rêve qui lui a échappé durant de des décennies : vivre par et pour elle-même.

Ainsi à la stupéfaction de ses enfants, lady Slane décide de s’installer avec sa fidèle servante, Genoux, dans une petite maison de Hampstead. Là, elle se remémore sa jeunesse, ses rêves de jeune fille aventureuse, sa rencontre avec le brillant Holland voué à la Carrière, le carcan du mariage et de la maternité, jusqu’au bonheur d’être enfin maîtresse de sa vie. A un âge avancé, certes, mais délestée des obligations dues aux fonctions de son mari, libérée de la charge d’être une mère exemplaire, refusant ses rôles de grand-mère et d’arrière-grand-mère, jouissant de la joie de se lier d’amitié avec des compagnons qui lui correspondent.

Attachante, inspirante, pleine d’humour, lady Slane séduit par sa volonté implacable de vivre le temps qui lui reste comme elle l’entend. Un régal de lecture !

Nadège

Livre de poche, Romans

La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette, Livre de Poche

femmequifuit.jpeg

Tu as fait un trou dans ma mère et c’est moi qui le comblerai.

 

Cette phrase, comme un coup de poing, est écrite par Anaïs-Barbeau-Lavalette et s’adresse à Suzanne Meloche, la grand-mère qu’elle n’a jamais connue, à peine croisée. La première fois, Anaïs Barbeau-Lavalette était naissante ; la deuxième, la petite fille observe une femme déposer une enveloppe dans la boîte aux lettres familiale ; la troisième et dernière fois, la jeune femme se laisse entraîner par sa mère à rendre une visite impromptue à Suzanne qui les laisse entrer un peu malgré elle.

Quelle surprise, donc, d’apprendre que Suzanne Meloche a inscrit sur son testament ses enfants et petits-enfants qu’elle n’a jamais voulu connaître. Anaïs Barbeau-Lavalette se retrouve à vider la maison de cette grand-mère qu’elle n’a pas appris à aimer et c’est en tombant sur la photo d’une femme qui lui ressemble, à genoux, entourée d’un groupe de jeunes Noirs et Blancs, et portant la légende  « Freedom riders, political protest against segregation » qu’elle commence à s’interroger sur ce personnage.

A partir de cette image, l’auteure part en quête de cette femme qui a fui toute sa vie le moindre attachement et qui, pourtant, n’a jamais cessé de chercher à « faire partie » d’une communauté. En arrivant à Montréal, elle fera, entre autres, la connaissance de Claude Gauvreau (poète, dramaturge), Paul-Emile Borduas (peintre, sculpteur) et Marcel Barbeau (peintre) qu’elle épousera et avec lequel elle aura deux enfants – Mousse (la mère d’Anaïs) et François – qu’elle abandonnera. Suivront des années d’errance, de fuite, comme un mouvement implacable, une impossibilité à se fixer, à rester, à s’investir dans une relation.

Anaïs Barbeau-Lavalette dessine le portrait d’une femme étrange, filante, glissante. Une femme qui échappe sans cesse, une femme qui semble, par-dessus tout, avoir peur de se perdre. Peur de se laisser toucher, envahir. Une femme qu’on ne peut comprendre, mais qui apparaît tout en nuances, en hésitations. Qui s’empresse de partir en courant dès qu’elle fait un pas en avant vers ceux qui l’attendent, ceux qui voudraient la garder près d’eux. Comme un oiseau qui craindrait de voir se refermer sur lui une cage dorée, qu’il souhaite et fuit à tire d’aile aussi vite.

La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette, Livre de Poche

Actes Sud, Livre de poche, Romans

Il pleut ? Lisons !

Vous êtes nombreux aujourd’hui à venir faire le plein de lecture pour occuper ce week-end pluvieux. Un choix judicieux ! Si vous n’avez pas d’idées, voici deux suggestions pour vous inspirer :

 

bandit.jpg

Le bandit moustachu, c’est un peu le Robin des Bois de d’Europe de l’Est au début de du XXe siècle. Un jour, le bandit rencontre Gheorghe Marinescu et lui révèle naïvement la planque où est amassé son butin. Le rusé Marinescu, appâté par le gain, laisse le voleur croupir dans sa cave jusqu’à ce qu’il meurt de faim. Mais celui-ci aura le temps de jeter sur la lignée Marinescu une terrible malédiction : malheur aux fils aînés de la famille jusqu’en l’an 2000.

Irina Teodorescu énumère les truculentes et tragiques péripéties de la famille Marinescu, « dans une langue à l’inventive fantaisie qui mêle sans complexe mélancolie balkanique et truculence rabelaisienne ».

La malédiction du bandit moustachu, Irina Teodorescu, Actes Sud, Babel.

 

flammes.jpg

Le 4 mai 1897, un incendie éclate au Bazar de la Charité, une vente de bienfaisance durant laquelle les belles et nobles dames s’amusent à jouer à la vendeuse sous couvert de bonnes œuvres. Cette après-midi-là, deux événements sont attendus avec ferveur et enthousiasme : la bénédiction du nonce apostolique et une nouvelle attraction appelée le cinématographe. Autant dire que la foule afflue. Quand soudain, la cabine du projectionniste prend feu. Très rapidement, le bâtiment s’embrase et de nombreuses victimes se retrouvent piégées dans les flammes.

Gaëlle Nohant s’inspire de ce fait divers pour déployer l’intrigue de son roman où se côtoient, entre autres, une comtesse, veuve au passé trouble ; un cocher héroïque ; une jeune fille pieuse qui vient de rompre ses fiançailles ; le fiancé éconduit, aspirant journaliste dont la réputation sera rapidement et sournoisement ternie…

La part des flammes, Gaëlle Nohant, Livre de poche.

Gallimard, Livre de poche, poche, Policier - thriller, Romans, Seuil

Voyages en Laponie

Au mois de décembre, j’avais envie de neige mais nous n’en avions pas encore.

Pour la faire venir, j’ai lu trois livres se passant en Laponie et aujourd’hui voilà la neige ! Chouette !

Vous me suivez dans les régions polaires?

arto.pg.jpg

Première lecture, Le lièvre de Vatanen » de Arto Paasilinna. Je devrais dire re-lecture car j’en avais déjà lu quelques passages il y a quelques années sur les conseils de Jacques, l’ancien libraire d’Antigone.

Quel plaisir de retrouver les péripéties de ce Vatanen. Cet homme complètement effacé dans sa vie quotidienne prend la poudre d’escampette sur une route près d’Helsinki suite à un accrochage avec un lièvre. Vatanen s’enfonce dans les fourrés pour secourir ce lapin et au lieu de revenir ensuite à sa voiture, l’homme continue à marcher au milieu de nulle part. Ses retours à la « civilisation » vont se faire de plus en plus rares, préférant vivre avec son animal fétiche plutôt qu’aux milieux des hommes qu’il considère de plus en plus fous.

Bourré d’humour, ce roman est aussi une ode à la nature à lire absolument !

Disponible en folio comme la plupart des romans de l’auteur.

Commande en ligne.

 

Deuxième lecture, Le détroit du Loup » de Olivier Truc chez Seuil policier

arto2.jpg

Dans le Grand Nord, vivent les Lapons, éleveurs de rennes, et au printemps ces éleveurs doivent suivre la transhumance de leurs bêtes qui recherchent des pâturages plus fournis après un hiver de disette.

C’est sans compter les sociétés pétrolières qui font peu à peu main basse sur les terres ancestrales en vue de développer leur production. Beaucoup de mondes participent à ce développement, les industriels, les politiciens, les agents immobiliers qui spéculent sur la valeur des terrains, les plongeurs qui mettent leur vie en danger pour mettre en route des forages au fond de la mer de Barents.

Tout ce petit monde constitue un microcosme très bien mis en scène par Olivier Truc, correspondant pour le journal Le Monde, qui a créé deux policiers très attachants, Klemet et Nina, de la police des rennes. C’est leur deuxième enquête, la première étant intitulée « Le dernier Lapon » et qui a reçu quelques prix.

Un roman policier et un plaidoyer écologique.

Commande en ligne / Commande de l’ebook.

 

Ma troisième lecture tournant autour de ces régions froides, c’est le livre « Le merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf, auteure suédoise mythique. La version intégrale éditée chez Actes Sud fait 635 pages. Le but de l’auteure était de reprendre tous les contes qui existaient en Suède mais qui n’avait jamais été collectés. Cette oeuvre majeure a été publiée en 1906.

nils.jpg

Je le lis en compagnie de mon petit garçon de 8 ans tous les soirs avant de le coucher c’est pourquoi j’ai choisi la version abrégée du livre de poche.

Nous sommes transportés par cette histoire d’un petit garçon qui suite à ses mauvais comportements envers les animaux se retrouve réduit à la taille d’un lilliputien et voyage sur le dos d’un jar blanc domestiqué en compagnie d’oies sauvages qui retournent en Laponie pour le printemps.

Bien sûr dans la version abrégée, l’histoire est un peu moins touffue mais c’est un plaisir de partager cette lecture avec mon fils et d’imaginer les paysages de Suède.

Commande en ligne / Commande de l’ebook.