
Il avait suffi d’une soirée pour décider de partir vivre un an au Canada.
Alors qu’elle s’envole pour le Canada avec son mari (T.) et ses filles pour une parenthèse d’un an, Yaël Cojot-Goldberg est loin de s’imaginer l’expérience unique qu’elle s’apprête à vivre. En effet, dans la communauté de S. Estate, où la famille pose ses valises pour le premier mois de voyage – avant de rejoindre Montréal –, les femmes ont pour rituel matinal de se baigner nues dans un lac au milieu des bois. Dès le lendemain de leur arrivée, Leslie – la propriétaire de la maison louée par Yaël Cojot-Goldberg et son mari –, l’invite à se joindre au groupe. Surprise et ne sachant que répondre, elle se laisse convaincre grâce aux encouragements de T.
C’est un monde inconnu ou trop peu exploré qui s’ouvre alors à elle : celui de sa féminité, du bonheur à ressentir la nudité de son corps dans la nature, le lien l’unissant à ces femmes d’âges et de corps variés, mais si semblables dans leurs différences. Ces marches vers le lac et ces baignades quotidiennes la mènent à s’interroger sur la femme qu’elle a délaissée en devenant mère (ou l’excuse que lui a fourni la maternité pour ne pas s’écouter), sur sa judéité (la communauté de S. Estate étant constituée de plusieurs familles juives qui avaient émigré ensemble), sur les relations qu’elle entretient ou a pu entretenir avec ses parents séparés peu de temps après sa naissance, sur sa condition de fille qui, en français, ne laisse pas la possibilité de s’émanciper du rôle familial qu’il nomme :
Tout est dit : on peut être un garçon et ne pas être un fils. Quand on est une fille, l’autre mot n’existe pas – du moins, en français. Pas moyen d’y échapper. Je n’ai pas pu choisir entre « girl » et « daughter ».
Au fil des jours, une forme de réconciliation et de sérénité intérieure se dessine jusqu’à donner naissance à ce récit intime et libérateur.
Nadège

Que vous ayez lu « Retour à Montechiarro » ou non, si vous aimez la veine historique de Vincent Engel, vous aimerez ce roman. Début du siècle dernier, dans les Pouilles, Basilio et Lucia s’aiment, mais ce sont des serments d’enfants qui vont être brisés par l’Histoire. On est porté par le souffle romanesque de l’histoire jusqu’à la fin. Un tout bon roman.
Je vous en avais parlé lors de sa sortie en septembre de l’année passée si vous l’avez manqué à cette époque, voilà de quoi vous rattraper. 