Albin Michel, Club de lecture, Littérature étrangère, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Arpenter la nuit – Leila Mottley – Albin Michel

Lecture de Laurence J.

Je dois bien dire qu’après les premiers chapitres, une désagréable impression de déjà-lu m’a prise. Une jeune fille noire dans un quartier défavorisé, père mort, mère en
prison, frère irresponsable, c’est dur et très malheureux mais bon, on connaît, elle
tombe dans la prostitution, va-t-elle s’en sortir ?


Heureusement, plus loin, l’histoire se fait plus originale, et j’ai réussi à véritablement
accrocher au roman. Car si Kiara tombe dans la prostitution un peu par hasard et
bien malgré elle, elle y reste par calcul pour payer le loyer et s’occuper de son petit
voisin (leur relation illumine le roman). Et elle va devenir la prostituée de référence
d’un commissariat ; on l’appelle pour les pots de départ et les soirées poker entre
flics. Comme elle est encore mineure, il va y avoir des pépins. Il lui faudra bien du
courage pour dénoncer ce dont elle est victime.


Cette Kiara de fiction, qui est la narratrice du livre, prend vraiment chair sous nos
yeux de lecteur, car elle est complexe, à la fois dure et tendre, fragile mais capable de
tout pour survivre et surtout généreuse envers ceux qu’elle aime. On est sans cesse
au plus près de ses pensées et de son vécu. La plume de Leila Mottley est plutôt
poétique.


Ce qui est le plus remarquable, c’est que ce roman (un peu longuet parfois) a été écrit
par une gamine de 17 ans et qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie déguisée. C’est
un fait divers survenu dans sa ville, East Oakland (de l’autre côté de la baie de San
Francisco), qui est à la base de cette histoire, mais tout le reste est fictionnel. Très
prometteur.

Club de lecture, Grasset, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Stardust – Léonora Miano – Grasset

Lecture de Christine

Ce livre raconte assez crûment le quotidien de Louise, femme camerounaise, arrivée à Paris, avec son bébé Bliss, né en France. Cette femme séparée volontairement de son mari, atterrit pour éviter les hôtels miteux du 19ème arrondissement, dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Crimée à Paris. Elle nous raconte en phrases courtes, la réalité dans ce centre. Elle dépeint la réalité de quelques femmes présentes dans ce centre et explique la difficulté d’être dans ce statut de paria de la société française. Récit palpitant, assez dur sur la réalité humaine. L’autrice cherche à nous faire réfléchir sur notre façon de considérer l’Autre qui se retrouve dans une difficulté majeure de vie mais elle nous montre aussi les relations qui peuvent s’installer entre humaines quand la dignité est mise à mal.

Club de lecture, Littérature étrangère, Métailié, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Le Lâche – Jarred McGinnis – Métailié

Lecture de Laurence J.

Très agréable mais terrible lecture que le roman du destin brisé de Jarred. Avant
l’accident de voiture qui ouvre le livre et durant lequel il perd l’usage de ses jambes,
la vie de Jarred était déjà mal embarquée. Cela, on va le découvrir petit à petit.


Après le minimum de soins à l’hôpital (eh oui, aux Etats-Unis, on ne va pas loin sans
assurance), Jarred est plus ou moins mis à la porte. Il n’a personne à appeler, à part
son père. Problème, depuis que Jarred a fugué à l’âge de 16 ans (soit 10 ans
auparavant), ils ne se sont pas revus, ni même reparlé. Le père vient, l’accueille à la
maison, et l’histoire peut commencer. C’est l’apprentissage de la vie en fauteuil pour
Jarred (avec de temps en temps des scènes d’anthologie) et la possibilité (ou pas)
d’une réconciliation et d’une reconstruction.


Le récit alterne les chapitres sur la vie actuelle des deux hommes et ceux sur leur
passé. On n’apprend donc que progressivement les tenants et aboutissants de leur
relation et de leur brouille, ainsi que les circonstances de l’accident.


Les situations sont finement observées (on sent que l’auteur est passé par là, les
scènes présentant le regard des autres sur le handicap et les réactions du chaisard sont
très intéressantes), les personnages sont revenus de tout, écorchés, parfois désespérés
mais avec suffisamment d’humour (parfois grinçant) pour nous éviter le marasme.


Jusqu’à la fin, on ne sait pas si la situation va se stabiliser ou éclater, ce qui est pour
moi une des qualités du livre. J’ai ri, j’ai été émue, ce livre a vraiment touché une
corde sensible.