Gallimard, littérature belge, Récit

Une ascension, Stefan Hertmans, Gallimard

Se promenant dans sa ville natale de Gand un jour de 1979, le narrateur tombe en arrêt devant une maison : visiblement à l’abandon derrière une grille ornée de glycines, cette demeure l’appelle. Il l’achète aussitôt et va y vivre près de vingt ans.
Ce n’est qu’au moment de la quitter qu’il mesure que ce toit fut également celui d’un SS flamand, profondément impliqué dans la collaboration avec le Troisième Reich. Le lieu intime se pare soudain d’une dimension historique vertigineuse : qui était cet homme incarnant le mal, qui étaient son épouse pacifiste et leurs enfants ? Comment raconter l’histoire d’un foyer habité par l’abomination, l’adultère et le mensonge ?
À l’aide de documents et de témoignages, le grand romancier belge Stefan Hertmans nous entraîne dans une enquête passionnante qui entrelace rigueur des faits et imagination propre à l’écrivain. Examen d’un lieu et d’une époque, portrait d’un intérieur où résonnent les échos de l’Histoire, Une ascension est aussi une saisissante plongée dans l’âme humaine.

Qualifiée de « roman » par son éditeur, Une ascension, la nouvelle publication de Stefan Hertmans, relève plutôt de l’auto-docu-fiction. C’est ainsi que l’auteur lui-même décrit sa démarche et cela nous semble beaucoup plus juste. En effet, si Stefan Hertmans imagine certains éléments, fictionnalise certains aspects, son travail se base à la fois sur son vécu et sur une enquête minutieuse au sujet de Willem Verhulst.

Par où l’histoire commence-t-elle ? On pourrait la prendre par plusieurs bouts, bien sûr. Alors choisissons de la faire commencer par la lecture d’un témoignage d’Adriaan Verhulst, ancien professeur d’Hertmans et fils de Willem Verhulst : dans Zoon van een ‘foute’ Vlaming, paru il y a un peu plus de vingt ans, Adriaan Verhulst indique que son ancienne maison familiale est occupée par Stefan Hertmans. Celui-ci prend conscience de la dimension historique de ce lieu, de ce à côté de quoi il est passé – volontairement ou non – lors de sa première visite, par exemple. C’est elle qui donne corps au roman : gravissant à nouveau, par le souvenir et la pensée, les escaliers de cette maison de la cave au grenier en compagnie du notaire De Potter, Stefan Hertmans passe en revue chaque pièce et les événements qui s’y sont déroulés. Le portrait de Willem Verhulst et son parcours se dessinent à travers documents officiels, mémoires des protagonistes (Willem Verhulst, Griet Latomme – sa maîtresse, entre autres), le journal tenu par sa femme, Mientje (personnage admirable) et des entretiens de l’auteur avec les filles de Verhulst, notamment.

Tout au long de cette enquête, Stefan Hertmans nous entraîne à sa suite : nous l’accompagnons sur les lieux qu’ils visitent, nous examinons avec lui certains documents. Nous sommes saisis d’effroi face à la froideur et à la folie de cet homme, tout en nous étonnant des étranges circonvolutions de l’Histoire qui fait s’entrelacer les destins, parfois à des années d’écart, pour le meilleur et pour le pire.

Nadège

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