Folio, J'ai lu, Littérature étrangère, littérature belge, littérature française, Livre de poche, poche, Romans

Quelques sorties « poche » à découvrir !

Coup de cœur de Nadège

Une vieille dame doit pour la première fois de sa vie abandonner la maison où elle a grandi, où elle a vécu. Cette maison, elle l’a dans l’a peau et lui a consacré sa vie entière. Alors qu’elle est contrainte de la quitter, elle revisite ses souvenirs au fil des saisons et des années. Perrine Trippier réussit un coup de maître avec ce roman d’une grande sensibilité, écrit dans une langue superbe.

Coup de cœur de Laurence

Clara est coiffeuse. Elle mène une vie banale et sans couleur, jusqu’au jour où un client oublie un livre de Proust sur la tablette du salon où elle travaille. Clara l’emporte et, lorsqu’elle s’y plonge quelques mois plu tard, c’est une révélation qui va l’emmener vers de nouveaux horizons.

Coup de cœur de Nadège

« Vers le paradis », ce sont trois romans en un ! Ce qui les relie ? Une maison à Washington Square, entre autres.

Yanaghiara maîtrise intelligemment son (ses) récit(s), interrogeant avec finesse l’avenir de nos sociétés et des libertés individuelles. Elle n’hésite pas non plus à déstabiliser le lecteur en bousculant ses attentes. Un grand roman à découvrir.

Elsa rêve d’étudier le chant à Milan, mais son père, élevé dans une société italienne patriarcale, n’y est pas favorable, d’autant plus qu’il ne dispose pas des moyens financiers nécessaires. Par ailleurs, une bactérie qui décime son oliveraie le préoccupe. Heureusement, Rafaella, la grand-mère d’Elsa, la soutient et lui fournit les fonds pour réaliser ce projet. Mais d’où vient cet argent ? Que comptait-elle en faire ? Découvrez le récit de Rafaella et l’histoire d’Elsa dans ce nouveau roman de Christiana Moreau, récemment paru en poche.

J'ai lu, Littérature étrangère, Livre de poche, Mémoire d'encrier, Monsieur Toussaint Louverture

Quelques lectures

Katie », Michael McDowell, Monsieur Toussaint Louverture

HALETANT. Depuis l’enfance, Katie est douée d’un don de voyance extraordinaire : qu’elle vous effleure le bras et elle lira en vous comme dans un livre ouvert. Mieux vaut ne pas croiser son chemin si vous tenez à votre vie. Le jour où Philomela, pauvresse sur le point d’hériter une fortune, rencontre Katie, c’est une course contre-la-mort qui commence pour elle. Un thriller redoutablement efficace !

🖊« Mère à mère », Sindiwe Magona, Mémoire d’encrier

POIGNANT. Afrique du Sud. Une jeune femme blanche américaine est venue soutenir la mise en place des premières élections démocratiques. Alors qu’elle est venue défendre leurs droits, elle est tuée par une foule de jeunes noirs. La mère de l’un d’eux écrit à celle de la jeune fille, non pour excuser son fils, mais pour rencontrer la part d’humanité qui les lie, et expliquer comment le climat de violence et d’injustice à pu mener son fil à poser un tel acte.

🦐« Tout est Ori », Paul Serge Forest, J’ai lu

DEROUTANT. C’est le moins qu’on puisse écrire de ce livre qui sous des dehors de saga familiale classique finit par s’affranchir de tous les genres et de tous les codes. La famille Lelarge est propriétaire d’une usine de fruits de mer. Si ce n’est une cadette allergique aux crevettes, tout va bien, jusqu’à l’arrivée d’un mystérieux japonais, d’une toxine inconnue responsable d’une intoxication alimentaire spectaculaire et d’une nouvelle couleur irregardable… Et le récit bascule dans l’étrange et l’indéfinissable.

☕« Un jeudi saveur chocolat », Michiko Aoyama, J’ai lu

RECONFORTANT. Après « La Bibliothèque des rêves secrets », c’est au Café Marble que nous donne rendez-vous Michiko Aoyama. Chaque chapitre est l’occasion d’une rencontre délicate et touchante.

Tous ces livres peuvent nous être commandés via librel.be, le site de vente en ligne des librairies indépendantes de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

L'Atalante, Littérature étrangère, Littérature de l'imaginaire, Livre de poche, poche, Romans

Histoires de moine, de robot et d’héroïnes

Histoires de moine et de robot, Becky Chambers, L’Atalante

De la SF porteuse d’espoir et accessible aux non-amateurs, c’est ce que propose Becky Chambers avec les deux tomes de ses Histoires de moine et de robot : Un psaume pour les recyclés sauvages et Une prière pour les cimes timides.

Voilà bien longtemps, les robots ont accédé à la conscience. Alors que les Hommes leur ont proposé le statut de citoyen, les robots ont préféré rejoindre les forêts et mener une vie sauvage. Ils se sont cependant promis de revenir un jour prendre des nouvelles des humains. Quand commence Un psaume pour les recyclés sauvages, nous rencontrons Dex, moine qui a perdu le sens de son existence et décide de partir pour une sorte de pèlerinage en solitaire. C’est au cours de ce périple qu’iel rencontre Omphale, un robot qui s’est porté volontaire pour aller à la rencontres des humains. Les robots ont bien réfléchi à la question qu’Omphale devrait leur poser : « De quoi les gens ont-ils besoin ? »

Dans le second tome, Une prière pour les cimes timides, Dex et Omphale repartent ensemble vers le monde civilisé. A chaque personne rencontrée, Omphale pose sa question et comprend qu’elle n’est pas si évidente : elle dépend de chaque personne rencontrée. Dex de son côté redécouvre le monde à travers le regard de son compagnon, capable de s’émerveiller à répétition devant les choses les plus simples et les plus banales pour qui n’y prête plus attention.

Deux courts romans – moins de 300 pages, si on les additionne – qui posent pourtant des questions d’une grande profondeur et habitent longtemps la tête et le cœur du lecteur.

Les Dix Mille Portes de January et Eclats dormants, Alix E. Harrow, Hachette, Le Rayon Imaginaire

Le Rayon Imaginaire des éditions Hachette, c’est une collection qui invite à s’initier ou approfondir sa découverte des littératures de l’imaginaire. Trois romans d’Alix E. Harrow en font partie, dont deux sont disponibles à la librairie : Les Dix Mille Portes de January (désormais disponible en Livre de Poche) et Eclats dormants. Ces deux romans sont portés par des héroïnes capables de voyager entre les mondes.

January, d’abord, jeune fille habitant dans le manoir du riche employeur de son père. Celui-ci parcourt le monde à la recherche d’objets rares et est donc peu présent ; quant à sa mère, January, n’en a aucun souvenir. Quand January découvre qu’elle a le pouvoir de traverser des portes accédant à d’autres dimensions, c’est une véritable aventure qui commence !

Zinnia, quant à elle, héroïne du premier « conte fracturé » d’Alix E. Harrow, fête ses 21 ans et sait que ce sera certainement son dernier anniversaire, étant atteinte d’une maladie rare à laquelle personne n’a survécu au-delà de cet âge. A cette occasion, sa meilleure amie lui prépare une surprise : Zinnia ayant une passion pour la Belle au bois dormant, Charm lui a concocté une soirée thématique, allant jusqu’à se procurer un rouet auquel elle enjoint son amie à se piquer le doigt. Zinnia obtempère et se retrouve propulsée dans une pièce, face à une autre jeune femme s’apprêtant à faire le même geste. Zinnia l’en empêche et la voilà prise dans l’histoire de la princesse Primerose.

Une réinvention moderne et féministe de la Belle au bois dormant, dans laquelle les princesses ne sont pas si ingénues que la tradition aime à le laisser croire et sont bien décidées à contrecarrer le destin, encouragées par la force de la sororité.

Nadège

Fantasy/Science-fiction, Littérature francophone, Livre de poche, poche, Romans

« Quitter les monts d’Automne », Emilie Querbalec, Livre de Poche

Tu sais pourquoi j’aime tant ta planète, Kaori ? […]

J’aime Tasai, parce que le Flux n’y a que très peu d’emprise. […] Et la technologie est si peu présente au quotidien que je peux passer des jours sans me lier. J’aime cette sensation de liberté.

Kaori est enfant lorsque ses parents disparaissent dans un incendie. Recueillie par sa grand-mère, Kaori espère elle aussi connaître le Ravissement, l’appel à s’inscrire dans la tradition familiale du « Dit » : l’écriture étant interdite sur Tasai, c’est oralement que se transmet l’histoire de l’humanité. Mais il semble que le destin en ait décidé autrement pour Kaori : elle ne sera pas une conteuse renommée comme sa mère et sa grand-mère. C’est une formation de danseuse que suit la jeune fille.

A la mort de sa grand-mère, Kaori est confiée à une autre famille de conteurs. Elle n’emportera avec elle que très peu de choses, la plus précieuse étant un étrange rouleau calligraphié protégé par un mécanisme ne s’ouvrant qu’à elle. Kaori ne comprend évidemment pas la signification de ce qui est écrit sur ce rouleau et elle prend un risque énorme en le transportant avec elle, mais elle soupçonne aussi qu’il est la clef de son histoire.

Désireuse de percer le mystère qui entoure ce rouleau et sa propre vie, Kaori fera tout pour rejoindre la capitale et y retrouver un Maître croisé dans son enfance. Elle ne se doute pas que ce voyage la mènera bien plus loin encore.

« Quitter les monts d’Automne » a reçu le prix Rosny Aîné 2021 récompensant des œuvres de science-fiction francophones.

Grasset, Littérature étrangère, Livre de poche, Romans

A la (re)découverte de Thomas Mann

Le flot permanent de nouvelles publications nous fait parfois oublier ou reporter indéfiniment la lecture de grands classiques de la littérature, surtout quand ceux-ci sont aussi épais et impressionnants que La Montagne magique de Thomas Mann. Dans ce roman, Hans, jeune homme d’une vingtaine d’année, rend visite à son cousin Joachim en cure dans un sanatorium à Davos (Suisse). Alors que Hans a prévu initialement de séjourner trois semaines là-bas, il y restera finalement… sept ans ! En effet, ce lieu étrange frappe quiconque s’y rend d’une forme de langueur, d’atonie, si bien que très vite se dessine une frontière entre les « gens d’en haut » et ceux du « plat pays ». Hans n’échappe pas à cette fascination… et le lecteur non plus, qui en vient à tenter comme le personnage principal de « s’habituer à ne pas s’habituer », vainement. Et il faut bien de la force de caractère pour parvenir à sortir de cette bulle étrange et retrouver la vie d’en bas. Et de la ténacité, mêlée de plaisir et de fierté, pour arriver au bout de ce volumineux « roman du temps ». Si je n’en ai certainement pas saisi toutes les subtilités, j’ai tout de même apprécié cette lecture, aidée par les notes en fin d’ouvrage, la postface éclairante et, non moins importante, la lecture d’un autre roman paru au mois d’août et consacré à Thomas Mann : Le Magicien, de Colm Tóibín.

« Le Magicien », c’est le surnom octroyé par ses proches à Thomas Mann. Dans ce roman, Colm Tóibín retrace le parcours de ce romancier et intellectuel allemand, prix Nobel de littérature en 1929, homosexuel, mariée à Katia d’origine juive. On découvre l’évolution de la pensée et de l’engagement de Thomas Mann qui traversera les deux guerres mondiales et connaîtra l’exil en Suisse, puis aux Etats-Unis, les tourments intimes de cet homme obligé de cacher ses désirs, ses relations parfois houleuses aves ses proches aux positions plus tranchées et virulentes (son frère Heinrich et ses enfants, Klaus et Erika, notamment). Ce roman évoque également la genèse de certains textes, dont évidemment La Montagne magique, inspirée par un séjour au sanatorium de Davos où était soignée sa femme. Et donne des clés de compréhension de l’homme et de l’œuvre. Une bonne entrée en matière !

A noter : il n’est pas nécessaire de connaître déjà Thomas Mann pour apprécier Le Magicien, de Colm Tóibín.

Nadège