Gallmeister, Littérature étrangère, Romans

Astra, Cedar Bowers, Gallmeister

Qui est Astra ? Observez la couverture, elle vous en offre déjà une idée : Astra, c’est une femme multiple, changeante, différente suivant le regard qui se porte sur elle, suivant le moment de vie où nous la découvrons. Car c’est ainsi que se déploie le roman, à travers divers points de vue et épisodes de l’existence d’Astra : de sa naissance – voire sa conception – à sa vieillesse, nous avançons, nous découvrons ce personnage étonnant, insupportable, attachant… Qu’elle subjugue ou qu’elle exaspère, qu’elle attire l’envie de protection ou la jalousie, Astra ne laisse personne indifférent. Enfant indésirée, orpheline de mère (morte en couches), « élevée » par son père, sur un coup de dé, dans une communauté utopiste, Astra pousse comme elle peut, grandit, se débat avec les traumatismes, les aléas, les rencontres bonnes ou mauvaises. Astra est singulière, Astra est universelle, Astra est un être humain qui tente de se trouver et de faire sa place.

J’ai trouvé ce roman très touchant et j’ai beaucoup aimé cette construction en fragments, ces scènes de vie que l’on prend en cours, que l’on quitte sans connaître tout à fait la suite, et l’évolution non seulement de ce personnage, Astra, mais aussi de ceux qui croisent sa route. Cedar Bowers nous montre à quel point nous sommes des êtres complexes : bien présomptueux sommes-nous de penser connaître ceux qui nous entourent. On sort de cette lecture avec l’envie de se montrer plus indulgents et bienveillants, envers nos amis, nos parents, nous-mêmes.

Nadège

Grasset, Littérature étrangère, Romans

Vers le paradis, Hanya Yanaghiara, Grasset

Paru début septembre, Vers le paradis, impressionnant roman – tant en volume, qu’en qualité – de Hanya Yanaghiara méritait d’attendre une période plus propice afin de le savourer. C’est donc début janvier que j’ai entamé cette lecture. Durant trois semaines, je me suis immergée dans ce(s) formidable(s) livre(s) et j’en suis sortie fascinée par le talent de cette talentueuse autrice.

Si j’écris « livres » au pluriel, c’est que ce roman est en réalité constitué de trois parties intitulées respectivement « LIVRE I », « LIVRE II » et « LIVRE III ». Juste appellation puisque chacune de ces parties nous conte une histoire distincte et pourtant le tout forme un ensemble, un roman. Ce qui relie ces trois « livres », c’est – entre autres – une maison sise Washington Square à New York.

Le premier livre se déroule en 1893. Le récit débute par un dîner dominical dans une famille de le haute société new yorkaise. Ce dîner réunit Nathaniel Bingham et ses trois petits-enfants adultes. Deux d’entre eux sont mariés ; le dernier, David, âgé de 29 ans, est toujours célibataire. A la fin du repas, Nathaniel invite David à le rejoindre dans son bureau pour parler mariage. Début classique, penserez-vous. Pourtant, un détail nous fait basculer dans une autre réalité : dans ce New York du XIXe siècle imaginé par Hanya Yanaghiara, chacun(e) se marie avec qui il ou elle le souhaite, sans jugement d’orientation sexuelle. C’est donc la proposition d’un prétendant que Nathaniel soumet à son petit-fils. David est libre d’accepter ou de refuser… libre aussi de se marier ou non… libre d’aimer là où on son cœur le porte, en théorie. Mais vivre dans un Etat libre suffit-il à l’être vraiment ?

Le deuxième livre s’ouvre cent ans plus tard : 1993, années sida. Un jeune homme originaire d’Hawaï partage la vie d’un homme de trente ans son aîné. Différence d’âges, différence d’origines, différence de classes aussi. Si ce jeune homme n’a que peu de consistance et d’importance aux yeux des amis de son compagnon, il cache un vécu beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Enfin, le troisième livre, le plus conséquent – la moitié du roman – nous propulse dans un New York de 2093 régit par un gouvernement totalitaire, les libertés individuelles sont de l’histoire ancienne, tellement révolue que peu s’en souviennent. Les épidémies se sont multipliées, le réchauffement climatique s’est intensifié, les rapports humains se sont totalement délités. La narratrice s’interroge sur les activités de son mari après avoir découvert de petits mots dans une boîte. En alternance à son récit, un autre narrateur s’exprime à travers une correspondance écrite des décennies auparavant. Progressivement les récits se rejoignent pour nous dévoiler comment le monde s’est désagrégé en si peu de temps.

Jusqu’au bout Hanya Yanghiara maîtrise son (ses) récit(s). Vers le paradis est un roman d’une grande intelligence, une analyse fine de la société, des comportements humains, des dérives déjà à l’œuvre et de leurs possibles conséquences. C’est un roman qui déstabilise son lecteur en bousculant ses attentes, qui pose sans doute plus de questions qu’il n’apporte de réponses, un grand roman à découvrir.

Nadège

Arléa, auteur belge, Espeluète, Inculte, La contre-Allée, littérature belge, Philippe Rey, Prix Rossel, Romans

La sélection du Prix Rossel 2022 est connue

Parmi les livres repris, j’en ai lu deux que j’ai beaucoup aimés.

Le premier lu est « Sauvage est celui qui se sauve » de Veronika Mabardi, édité par les éditions Esperluète.

C’est un très beau texte dans lequel l’autrice évoque son frère décédé. Celui-ci, d’origine coréenne, avait été adopté par la famille Mabardi et avait presque le même âge qu’elle. C’est un récit beau, touchant, poétique qui rend hommage à ce frère trop tôt disparu, artiste en devenir tourmenté par son déracinement et qui n’a pas su s’apaiser.

Le livre est accompagné de dessins de ce frère aimé qui a laissé une trace indélébile dans la vie de Veronika Mabardi.

Le livre est disponible à la librairie au prix de 19€.

Le deuxième livre de la sélection que j’ai lu et beaucoup apprécié est « L’engravement » d’Eva Kavian publié aux éditions La Contre-Allée.

Ils sont là sur le chemin, ces parents, solitaires, en couple, en famille ou pas. C’est le jour des visites, celui ou, malgré la foule, on se sent seul pour aller rendre visite à cet enfant enfermé en hôpital psychiatrique. Chacun y va avec son vécu, sa petite voix intérieure qui relate son humeur, son amour, sa tristesse ou peut-être sa joie parce que c’est le jour de sortie. Eva Kavian fait parler ses personnages de très belle manière et emmène son lecteur à sa suite dans des émotions fortes. Chaque petit chapitre est entrecoupé d’un court texte, voix de aseptisée masquant les émotions.

Ce roman m’a bouleversée, je n’avais qu’une envie en le refermant, c’était de le relire et de le partager avec vous, lecteurs. C’est pourquoi, j’ai invité Eva Kavian a venir nous parler de son travail d’écriture.

La rencontre avec Eva Kavian aura lieu le mercredi 16 novembre à 19h30 à la librairie.

N’hésitez pas à vous inscrire au 081/600.346 ou à librairieantigone@skynet.be

Les autres livres sélectionnés sont

L’apparence du vivant de Charlotte Bourlard publié aux éditions Inculte

Ainsi pleurent nos hommes de Dominique Celis publié aux éditions Philippe Rey

L’apocalypse heureuse de Stéphane Lambert publié chez Arléa

Club de lecture, Plon, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Valse fauve – Pénélope Rose – Plon

Lecture de Christine

Histoire de Rose, femme mariée à la sauvette à Mr André. André reste secret sur sa vie et ramène un jour une fillette très jeune qu’ils appelleront Michèle.

Très vite, André s’engage dans la résistance (guerre 40-44) et laisse Rose et Michèle à leur triste sort : narration dure mais très réaliste de la vie du quotidien des différents habitants du village sous la domination des « Salauds » et description de ce quotidien où chacun vit sa guerre différemment : « Nous n’avions plus les mêmes ennemis, nous ne vivions plus la même guerre. Ni lui, ni moi, ni les autres voisins, ni personne » (p.141)

Chaque début ou fin de chapitre reprend des lettres envoyées par ces résistants ou par Rose à son André.

Cette femme tient grâce à la composition de listes d’activités à réaliser : « cela a été un soulagement. Poser le crayon sur un bout de papier, y déposer des mots qui devenaient quelque chose à bâtir. Le crayon telle qu’une baguette de sorcier faisait apparaître sur la feuille un avenir agréable » (p.88)

Ce livre décrit la force de ces personnes qui subissent cette guerre. Il est jalonné de divers rebondissements et qui obligent le lecteur à lire l’entièreté pour comprendre enfin l’introduction.

Personnellement, je suis restée accrochée à ce livre et à cette histoire.

Club de lecture, L'iconoclaste, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Tibi la Blanche – Hadrien Bels – L’Iconoclaste

Trois adolescents en dernière année du Lycée à Dakar racontent leur quotidien. Venant de familles diamétralement différentes, ils expliquent leur façon de vivre le quotidien mais surtout leur façon de considérer le Blanc, les cousins qui vivent en France et ceux qui ont le pouvoir en tant qu’africain dans leur pays ou en France.

Tibilé est l’héroïne de ce livre, « elle résiste à tout, elle est dans une résistance silencieuse »  et nous permet de voir le contraste entre l’éducation très traditionnelle de sa mère et celle de son père.

Pour sa mère :  « les Soninkées ne se marient pas avec les Diola. Les traditions déteignent trop dans les bassines du mariage … Elle dira « oui » à un garçon, oui à sa mère, elle veut rester dans le bain chaud familial … elle jouera le jeu qu’on attend d’elle » (p.123) et celle de son père. Ce dernier a fait la Sorbonne, vend des produits venant d’Europe et souhaite que sa fille fasse des études et qu’elle aille faire ce qu’elle veut en France. Leur maison est ouverte à qui veut : « chez les Kanté, les pas de porte sont des parkings de claquettes que tu peux emprunter comme des voitures de location. » (p.55)

Isaa est un ado peul, ancré dans les quartiers pauvres de Dakar. Pour y être allé, l’auteur décrit vraiment l’ambiance de ces quartiers et la débrouille de ces jeunes. Isaa est styliste et gagne sa vie en cousant les vêtements pour les mariages, cérémonies. Il veut son bac pour faire un BTS stylisme.

Neurone est issu d’une famille sénégalaise qui a réussi : père a une grande usine inter-export de voitures venant de partout, riche et très en retrait par rapport au quotidien de Tibilé et Isaa. Son père ne souhaite qu’une chose, c’est qu’il aille faire ses études à Paris « La France va ouvrir à son fils ses bras flasques de vieille blanche et elle ne la lâchera plus. »(p.34)

Neurone apprécie être avec ses amis car ils lui ouvrent une autre façon de vivre le quotidien et la vie au Sénégal.
Livre montrant l’impact du colonialisme, le vécu des familles qui vont en France et qui renient leur pays d’origine.

Beaucoup d’expressions assez suaves à mes yeux : pour parler de la chaleur et de la nuit qui vient : « la lune est couverte d’une couette sombre et la nuit retient ses larmes. » (p.88)

 pour parler des fous sortant d’un asile, l’auteur écrit « on les retrouve dans le quartier, comme des cerfs-volants sans ficelle. » (p.61)