Club de lecture, L'Olivier, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Tenir sa langue – Polina Panassenko –Editions de l’Olivier

Lecture de Laurence J. (et coup de cœur de Laurence Merveille !)

Le livre (roman, récit ?) commence alors que Pauline à l’état civil tente de récupérer
son prénom de naissance, Polina, que l’administration a remplacé par son équivalent
français. Cela s’est passé sans qu’elle s’en rende vraiment compte, les documents
étaient plutôt équivoques, elle croyait pouvoir utiliser l’un ou l’autre.


En fait, le livre alterne chapitres récents, relatifs à la procédure légale (rendez-vous
au tribunal, échanges avec l’avocate), et souvenirs d’enfance, entre la Russie natale et
la France d’accueil. Polina est née à Moscou. Le début de sa vie, elle le passe dans l’appartement communautaire qu’elle occupe avec ses parents, sa sœur et ses grands-
parents. Au lendemain de la chute de l’URSS (les chars dans les rues, Boris Eltsine, tout ça tout ça), ses parents décident de quitter le pays pour la France (dans la région
de Saint-Etienne). Polina a quatre ou cinq ans, on ne lui explique pas vraiment ce qui
se passe ou elle ne le comprend pas, donc elle va s’intégrer à la dure.


Il semble qu’elle ait gardé des souvenirs très clairs de son apprentissage du français
(souvent cocasses ou émouvants), mais aussi des stratégies mises en œuvre par sa
mère pour lui permettre de (re)tenir sa langue maternelle. Polina retourne tous les
étés en Russie, dans la datcha des grands-parents. Là-bas, elle ne doit pas dire qu’elle
vit en France, car sa famille craint un enlèvement. Par le biais d’un cas très personnel,
on touche donc à ce que cela signifie d’être biculturel, et comment cette double
culture s’acquiert et s’installe.


C’est tantôt drôle, tantôt touchant, toujours juste. La langue est moderne et bien
maîtrisée. Certains (courts) passages sont en russe, sans que la traduction soit
indiquée (par un astérisque), mais la signification apparaît dans le texte-même. C’est
le seul élément qui pourrait déranger certains lecteurs. Très chouette découverte.

Club de lecture, Plon, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Le Salon – Oscar Lalo – Plon

Lecture de Christine

L’auteur se décrit comme « un pauvre type paumé, naufragé, exténué de ne pas être lui-même » (p.85)

Enfant orphelin de mère à 14 ans, l’auteur vit au crochet de son père qui le regarde peu et le considère comme un minable. Lors d’une visite chez le coiffeur, il contracte une dette qu’il va rembourser en introduisant la littérature au sein du salon de coiffure. Il est soutenu dans cette aventure par un petit libraire, érudit et qui lui fait découvrir la littérature et ses beautés et ce, en partant de Flaubert. Une amitié intense se noue entre ce libraire et ce jeune adulte de 30 ans. Ce dernier devient de plus en plus instruit à son contact et relie avec la passion de sa mère, la littérature. Il écrit pour parler de ce lien entre lui, sa mère et la littérature ceci : « La littérature est une vieille plaie pour éviter mon père, je venais me coller contre elle et parvenais parfois à chiper des bribes ce qu’elle aimait. » (p.115)

Ces fous amoureux des livres et des liens ténus entre les auteurs, nous portent dans une valse sans fin entre Flaubert, Nerval, Rousseau et bien d’autres. C’est une quête aussi sur sa propre identité, sa liberté d’être et son histoire personnelle.

« Un livre rassasie quelques heures, tient chaud pendant l’hiver ou nourrit toute une vie. » (p.120)  

Albin Michel, Club de lecture, Littérature étrangère, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Arpenter la nuit – Leila Mottley – Albin Michel

Lecture de Laurence J.

Je dois bien dire qu’après les premiers chapitres, une désagréable impression de déjà-lu m’a prise. Une jeune fille noire dans un quartier défavorisé, père mort, mère en
prison, frère irresponsable, c’est dur et très malheureux mais bon, on connaît, elle
tombe dans la prostitution, va-t-elle s’en sortir ?


Heureusement, plus loin, l’histoire se fait plus originale, et j’ai réussi à véritablement
accrocher au roman. Car si Kiara tombe dans la prostitution un peu par hasard et
bien malgré elle, elle y reste par calcul pour payer le loyer et s’occuper de son petit
voisin (leur relation illumine le roman). Et elle va devenir la prostituée de référence
d’un commissariat ; on l’appelle pour les pots de départ et les soirées poker entre
flics. Comme elle est encore mineure, il va y avoir des pépins. Il lui faudra bien du
courage pour dénoncer ce dont elle est victime.


Cette Kiara de fiction, qui est la narratrice du livre, prend vraiment chair sous nos
yeux de lecteur, car elle est complexe, à la fois dure et tendre, fragile mais capable de
tout pour survivre et surtout généreuse envers ceux qu’elle aime. On est sans cesse
au plus près de ses pensées et de son vécu. La plume de Leila Mottley est plutôt
poétique.


Ce qui est le plus remarquable, c’est que ce roman (un peu longuet parfois) a été écrit
par une gamine de 17 ans et qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie déguisée. C’est
un fait divers survenu dans sa ville, East Oakland (de l’autre côté de la baie de San
Francisco), qui est à la base de cette histoire, mais tout le reste est fictionnel. Très
prometteur.

Club de lecture, Grasset, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Stardust – Léonora Miano – Grasset

Lecture de Christine

Ce livre raconte assez crûment le quotidien de Louise, femme camerounaise, arrivée à Paris, avec son bébé Bliss, né en France. Cette femme séparée volontairement de son mari, atterrit pour éviter les hôtels miteux du 19ème arrondissement, dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Crimée à Paris. Elle nous raconte en phrases courtes, la réalité dans ce centre. Elle dépeint la réalité de quelques femmes présentes dans ce centre et explique la difficulté d’être dans ce statut de paria de la société française. Récit palpitant, assez dur sur la réalité humaine. L’autrice cherche à nous faire réfléchir sur notre façon de considérer l’Autre qui se retrouve dans une difficulté majeure de vie mais elle nous montre aussi les relations qui peuvent s’installer entre humaines quand la dignité est mise à mal.

Club de lecture, Littérature étrangère, Métailié, Rentrée littéraire, Romans

Rentrée littéraire – Club de lecture – Le Lâche – Jarred McGinnis – Métailié

Lecture de Laurence J.

Très agréable mais terrible lecture que le roman du destin brisé de Jarred. Avant
l’accident de voiture qui ouvre le livre et durant lequel il perd l’usage de ses jambes,
la vie de Jarred était déjà mal embarquée. Cela, on va le découvrir petit à petit.


Après le minimum de soins à l’hôpital (eh oui, aux Etats-Unis, on ne va pas loin sans
assurance), Jarred est plus ou moins mis à la porte. Il n’a personne à appeler, à part
son père. Problème, depuis que Jarred a fugué à l’âge de 16 ans (soit 10 ans
auparavant), ils ne se sont pas revus, ni même reparlé. Le père vient, l’accueille à la
maison, et l’histoire peut commencer. C’est l’apprentissage de la vie en fauteuil pour
Jarred (avec de temps en temps des scènes d’anthologie) et la possibilité (ou pas)
d’une réconciliation et d’une reconstruction.


Le récit alterne les chapitres sur la vie actuelle des deux hommes et ceux sur leur
passé. On n’apprend donc que progressivement les tenants et aboutissants de leur
relation et de leur brouille, ainsi que les circonstances de l’accident.


Les situations sont finement observées (on sent que l’auteur est passé par là, les
scènes présentant le regard des autres sur le handicap et les réactions du chaisard sont
très intéressantes), les personnages sont revenus de tout, écorchés, parfois désespérés
mais avec suffisamment d’humour (parfois grinçant) pour nous éviter le marasme.


Jusqu’à la fin, on ne sait pas si la situation va se stabiliser ou éclater, ce qui est pour
moi une des qualités du livre. J’ai ri, j’ai été émue, ce livre a vraiment touché une
corde sensible.