Art, Samsa

James Ensor à Bruxelles, Vincent Delannoy, Samsa

Adolescente, je me souviens avoir visité une expo consacrée à Ensor ou la maison de l’artiste à Ostende, je ne sais plus. Une chose est sûre, j’avais été assez impressionnée et marquée par les célèbres représentations de masques. Et ce qui m’a d’abord attirée vers ce livre James Ensor à Bruxelles, c’est cette couverture représentant un tableau tout à fait différent, intitulé Le Lampiste. Quelque chose m’a émue dans ce portrait et donné envie d’en découvrir plus sur ce peintre que je réduisais à ce souvenir d’étranges et sombres carnavals. Et je n’ai pas été déçue : j’ai apprécié cette plongée dans la vie du peintre. Et cela m’a même donné envie de retourner faire un tour à Ostende pour poursuivre ma (re)découverte et/ou de lire une biographie plus générale de l’artiste. James Ensor à Bruxelles est accessible à tout lecteur pour peu qu’il s’intéresse un peu à l’art.

Le jeune James Ensor arrive à Bruxelles en 1877. Âgé de 17 ans, il entre à l’Académie Royale des Beaux-Arts où il étudiera trois ans, alignant les piteux classements en peinture, récoltant des résultats honorables en dessin. Plus tard, il dénigrera l’enseignement de ses maîtres, préférant se déclarer autodidacte (de la même manière, il niera certaines de ses influences). Il sera pourtant soutenu par Jean-François Portaels, directeur de l’Académie, qui rédigera la première recension consacrée au travail de James Ensor dans la revue l’Art Moderne. Plus qu’un lieu d’apprentissage, Bruxelles sera pour Ensor un espace de rencontres (notamment Théo Hannon, poète, critique d’art et directeur de la revue d’avant-garde l’Artiste), d’expositions, d’émulation : il fera partie du groupe des XX, une association d’artistes novateurs qui durera 10 ans. Ensor, quoique séduit par cette initiative d’artistes en marge, finira par se mettre lui-même en marge de la marge lorsque certains de ses membres se laisseront influencer par le peintre pointilliste Seurat : Ensor n’admettant pas que celui-ci lui ait volé la vedette lors d’un salon.

            Sur les questions artistiques, Ensor a des avis tranchés. Par rapport à ses collègues artistes, il n’est pas excessif d’affirmer que les avis d’Ensor sont souvent injustes, partiaux et non dénués d’une certaine intolérance envers tout ce qui ne cadre pas avec ses opinions personnelles. Cette attitude amène Ensor à se brouiller avec des personnes qui, a priori, lui sont favorables et travaillent dans son intérêt. (pp. 54-55)

C’est sans doute l’une des facettes de l’artiste qui m’a le plus marquée lors de cette lecture : ce caractère, semble-t-il imbuvable, qui le pousse à renier tout influence, à garder rancune, voire à retourner ses propres manquements en « cabale envers sa personne », accusant Octave Maus, secrétaire des XX, de refuser des tableaux annoncés pourtant au catalogue de la sixième exposition du groupe :

            Ensor transformera l’absence d’envoi de ses toiles dans les temps en une cabale envers sa personne. James Ensor se complaît à jouer le rôle de la victime christique. (p. 68)

Citant David S. Werman qui compare la figure du peintre à celle de Rimbaud – l’essentiel de sa production datant d’avant 1893 -, Vincent Delannoy parle d’une œuvre basée sur un esprit de revanche jamais tout à fait accomplie.

La dernière partie analyse la question commerciale, exposant la manière dont Ensor tente de placer ses toiles et de les vendre à des particuliers et à des musées. Et s’intéresse à un acteur essentiel dans cette optique : le train. Moyen de transport qui permet à Ensor de relier facilement Ostende et Bruxelles (ou encore Paris et Liège), mais également de faire voyager ses œuvres grâce au système efficace du transport des colis par voie de chemin de fer.

Un ouvrage à recommander pour ceux qui souhaitent en découvrir un peu plus sur le personnage de James Ensor. Un connaisseur n’y apprendra sans doute pas grand chose de neuf, mais un lecteur curieux y trouvera matière à s’instruire et à en désirer plus.

Nadège

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