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Le Grand Incident, Zelba, Futuropolis

Le grand incident est né d’une colère multiple : lorsqu’on a proposé à Zelba d’intégrer la collection de bandes dessinées « Musée du Louvre », aucune femme n’avait encore porté de projet seule dans cette collection (entretemps, Judith Vanistendael a publié Atan des Cyclades en novembre 2022) , aucune femme n’avait encore pris la direction du Louvre (c’est chose faite depuis la nomination de Laurence des Cars en 2021), le harcèlement de rue sévissait encore et toujours (ça ne s’est pas amélioré)…

Autre prise de conscience de l’autrice en visitant le Louvre à la recherche de l’inspiration : le nombre de représentations de nus féminins illustrant des scènes d’agression, sous couvert d’épisodes bibliques ou mythologiques. Et la lecture d’un fait a priori mineur, mais signifiant : les mains baladeuses des visiteurs sur ces statues.

De ce magma, Zelba a tiré une histoire aussi intelligente que fantasque : et si les nus féminins du Louvre décidaient de se révolter en s’invisibilisant au public, obligeant le Louvre à fermer ses portes ? Comment négocier avec des œuvres d’art offensées et exaspérées, tant par les regards de leurs acolytes de marbre que par le comportement de visiteurs indélicats ? Réjouissant !

Nadège

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Décès de Jacques Gérard, fondateur de la librairie Antigone

C’est avec tristesse que je vous annonce que Jacques Gérard, fondateur de la librairie qui me l’avait cédée en 2005, est décédé fin août. Lorsqu’il a créé la librairie, en 1994, il avait à cœur de transmettre son amour des livres et des belles phrases.

Mais être librairie ce n’était pas que cela, disait-il, c’était également partager des idées, ouvrir les esprits. Il y a un peu plus d’un an, quand il est venu à la rencontre organisée avec Thomas Gunzig, il m’avait dit qu’il était heureux de constater que j’avais désormais dépassé le nombre d’années qu’il avait passées à la librairie.

Son bébé a survécu et s’est développé. J’en suis fière mais surtout je lui en suis reconnaissante car il a partagé avec moi son savoir pendant les quelques années que nous avons passées ensemble. L’année prochaine la librairie aura donc 30 ans et j’aurai une pensée émue pour lui car j’aurais voulu fêter cela avec lui.

Mais, comme l’ont souligné ses amis lors de son enterrement, Jacques était un homme joyeux, optimiste et qui avait toujours mille idées alors je vais suivre son exemple et vous parler dans un prochain article de notre programme de cette fin d’année en espérant qu’il vous donne envie de nous rejoindre pour une, deux ou toutes les activités proposées.

L'Olivier, Littérature étrangère, Romans, Uncategorized

« Matrix », Lauren Groff, Editions de L’Olivier

Elle sort de la forêt seule sur son cheval. Agée de dix-sept ans, dans la froide bruine de mars, Marie, qui vient de France. 

Ainsi commence la légendaire histoire de Marie de France selon Lauren Groff. Légendaire, car on ne connaît rien de la biographie de cette poétesse du Moyen Age : un terrain de jeu idéal pour une romancière. Celle-ci attribue à Marie tous les atours d’un personnage de conte : Marie provient d’une lignée de viragos, des « sauvageonnes qui filaient au grand galop à travers la campagne, montaient scandaleusement à califourchon, s’entraînaient avec leurs maîtres d’armes à l’épée et au poignard, connaissaient huit langues, plus un peu d’arabe et de grec, et tous ces manuscrits poussiéreux, imaginez toutes ces femmes contre-nature professant leurs opinions trop fort, se coupant la parole, argumentant, se battant jusqu’au sang, apprenant à manier la hache d’armes, ces femmes si étranges et si brutales ». Marie est géante (trois têtes de plus qu’une femme « normale »), disgracieuse, le visage chevalin… en un mot, Marie est laide. Cependant, à cette laideur s’ajoutent une volonté de fer, de l’orgueil et de l’ambition, toutes qualités qui lui permettront de devenir une abbesse crainte, respectée et aimée de ses sœurs qui la suivront, malgré de forts désaccords parfois, dans toutes ses entreprises.

Mais reprenons, Marie a dix-sept ans et s’apprête à entrer dans les ordres, contre son gré, mais selon la décision d’Aliénor d’Aquitaine, bien heureuse de se débarrasser de cette bâtarde, en lui dégottant par faveur papale, une place de prieure dans une abbaye royale. « Au moins savait-on à présent quoi faire de cette étrange demi-sœur, bâtarde de sang royal. Au moins, à présent, avait-elle une utilité. » Les commérages vont bon train, certaines ne donnent pas cher de la jeune fille et, pourtant, au fil des ans, Marie trouve sa place dans la communauté, sa rage se mue en amour pour ses sœurs et sa volonté de les protéger et de faire de l’abbaye un refuge de paix en autarcie ne cessera de croître : arrivée en pleine période de malefaim et de pauvreté, Marie laissera une abbaye riche et prospère quelques décennies plus tard.

Récit d’une femme ambitieuse, Matrix est aussi une immersion sensorielle, sensuelle, charnelle : l’écriture de Lauren Groff exhale les odeurs, les matières, le froid, la chaleur, les désirs, le plaisir et la douleur… C’est un plongeon dans une époque où l’être humain était en contact direct avec le monde, sans écran, sans aseptisation. Tout se respire, tout s’éprouve.

C’est aussi un roman d’une grande modernité, un parti pris qui pourrait surprendre ou déranger comme une forme d’anachronisme mais qui n’est l’est peut-être pas tant que ça. En effet, un nouveau courant s’ouvre pour redécouvrir l’histoire des femmes sous un autre prisme, notamment les femmes du Moyen Age.

Ainsi Janina Ramirez nous invite à faire connaissance avec des Femmes remarquables du Moyen Age, sans « réécrire l’histoire », en « utilis[ant] les mêmes faits, chiffres, événements et preuves que ceux auxquels nous avons toujours eu accès, associés aux avancées et découvertes récentes. La différence est [qu’elle] déplace le centre de l’attention ». Expliquant sa démarche : « [t]rouver des femmes du Moyen Age émancipées et dotées d’une capacité d’action est ma façon d’infléchir la réflexion, en proposant de nouveaux récits aux lecteurs d’aujourd’hui. »

Quant aux auteurs de La femme dans la cité au Moyen Age, « ils mettent en exergue le rôle social de la femme médiévale » en « s’appuyant sur des écrits relatifs à la vie quotidienne », « reprenant de nombreuses histoires et anecdotes ».

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« Elle et son chat », de Makoto Shinkai et Naruki Nagakawa, éditions Charleston

Avec Elle et son chat, Makoto Shinkai et Naruki Nagakawa signent un roman sans autre prétention que celle de faire sourire les amoureux des félins et divertir les amateurs de jolies histoires entrecroisées.

« C’était au début du printemps, un jour de pluie. » Ainsi commence l’histoire de Chobi et Miyu. Comme il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous, c’est en prenant exceptionnellement un chemin différent que Miyu découvre Chobi, abandonné dans une boîte en carton, et décide de l’accueillir chez elle. Une complicité naît et Chobi est très fier de devenir son chat à Elle.

A partir de cette histoire, d’autres récits se tissent, alternant les points de vue humain et animal : des rencontres entre chats et humaines qui prennent mutuellement soin l’un de l’autre, des dialogues entre boules de poils et de griffes en exploration ou défense de territoire, et sur tout cela règne l’aura d’un chien d’une grande sagesse imposant un étonnant respect à toute la gent féline.

Un court roman, tendre et délicat, sur les liens si particuliers que ne nous pouvons créer avec les animaux et leur capacité à nous mettre en relation avec le monde qui nous entoure pour peu qu’on accepte de les suivre.


Kuro se lève d’un bond.
Il doit lui montrer ce que c’est, la vie.
– Suis-moi !
Il part se promener avec Shino sur ses talons.
La vie de chat, ça s’apprend dans la rue. Shino n’est plus toute jeune, mais il n’est pas trop tard pour se lancer dans quelque chose de nouveau.
Comme avec un chaton, Kuro use de toute sa patience à lui enseigner les choses de la vie.
[…]
Elle apprendra au fur et à mesure.

Nadège

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Sur quoi repose le monde, Kathleen Dean Moore, Gallmeister

Un coup de cœur de Nadège qui aime les lectures méditatives.

Regarder le monde, c’est regarder les êtres aussi bien que les lieux. On peut ainsi mieux comprendre et mieux les préserver.

Après le merveilleux « Petit traité de philosophie naturelle » dont Nadège vous avait parlé durant le confinement, elle a lu ce nouveau récit de Kathleen Dean Moore qui partage ses méditations sur la beauté du monde avec sagesse et sérénité.

Voici un petit extrait que Nadège m’a lu et qui m’a impressionnée :

« Les parents ne veulent -ils pas le meilleur pour leurs enfants ? Pour leur offrir de grandes maisons, nous détruisons d’anciennes forêts. Pour leur offrir des fruits parfaits, nous contaminons leur nourriture avec des pesticides. Pour leur offrir les dernières technologies, nous transformons des vallées entières en décharges de déchets toxiques. (…) Nous serions prêts à faire n’importe quoi pour nos enfants sauf la seule chose qui soit essentielle, nous arrêter et nous demander : que faisons-et que laissons-nous faire ? (…)

Que diront nos petits-enfants Je crois que je peux : Comment avez-vous pu ne pas savoir ? Quelle autre preuve vous fallait-il pour comprendre que vos vies, vos petites vies confortables, nuiraient autant aux nôtres ?(…) Pensez-vous vraiment qu’elle n’était qu’à vous seulement – cette belle planète ? Vous, qui aimiez vos enfants, pensiez-vous vraiment que nous pourrions vivre sans air pur et sans villes saines ? (…) Et si vous le saviez, comment avez-vous pu ne pas vous en soucier ? (…)

C’est un texte fort mais également poétique dans lequel l’autrice parle de sa relation à la nature au travers de son jardin, de ses promenades avec son compagnon, au temps qui passe également avec l’évocation de son père.