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Sur quoi repose le monde, Kathleen Dean Moore, Gallmeister

Un coup de cœur de Nadège qui aime les lectures méditatives.

Regarder le monde, c’est regarder les êtres aussi bien que les lieux. On peut ainsi mieux comprendre et mieux les préserver.

Après le merveilleux « Petit traité de philosophie naturelle » dont Nadège vous avait parlé durant le confinement, elle a lu ce nouveau récit de Kathleen Dean Moore qui partage ses méditations sur la beauté du monde avec sagesse et sérénité.

Voici un petit extrait que Nadège m’a lu et qui m’a impressionnée :

« Les parents ne veulent -ils pas le meilleur pour leurs enfants ? Pour leur offrir de grandes maisons, nous détruisons d’anciennes forêts. Pour leur offrir des fruits parfaits, nous contaminons leur nourriture avec des pesticides. Pour leur offrir les dernières technologies, nous transformons des vallées entières en décharges de déchets toxiques. (…) Nous serions prêts à faire n’importe quoi pour nos enfants sauf la seule chose qui soit essentielle, nous arrêter et nous demander : que faisons-et que laissons-nous faire ? (…)

Que diront nos petits-enfants Je crois que je peux : Comment avez-vous pu ne pas savoir ? Quelle autre preuve vous fallait-il pour comprendre que vos vies, vos petites vies confortables, nuiraient autant aux nôtres ?(…) Pensez-vous vraiment qu’elle n’était qu’à vous seulement – cette belle planète ? Vous, qui aimiez vos enfants, pensiez-vous vraiment que nous pourrions vivre sans air pur et sans villes saines ? (…) Et si vous le saviez, comment avez-vous pu ne pas vous en soucier ? (…)

C’est un texte fort mais également poétique dans lequel l’autrice parle de sa relation à la nature au travers de son jardin, de ses promenades avec son compagnon, au temps qui passe également avec l’évocation de son père.

Actes Sud, Policier - thriller, Romans

« Le Nouveau », Keigo Higashino, Actes Sud

« Le nouveau », c’est Kaga, récemment muté au commissariat de Nihonbashi à Tokyo. Il est chargé d’enquêter sur le meurtre de Mitsui Mineko, une femme de quarante-cinq ans retrouvée étranglée dans son studio. Elle aussi était nouvelle dans le quartier.

Si l’intrigue est relativement classique, ce qui fait le charme et l’intérêt de ce roman, c’est d’abord son enquêteur atypique réputé pour son sens de l’observation. S’attachant à de menus détails auxquels personne ne prête attention, il avance étrangement, mais sûrement vers la résolution de l’énigme. Par ailleurs, Kaga s’intéresse autant à l’enquête qu’aux gens qu’il rencontre et fait preuve envers ses interlocuteurs d’une grande humanité, voire d’une délicatesse touchante.

Cette attention à l’humain se révèle également dans la construction du roman, chaque chapitre étant consacré à un personnage lié de près ou de loin à l’affaire, en privilégiant les commerçants du quartier de Nihonbashi. Le lecteur suit Kaga dans ses déambulations, découvre avec lui les petites échoppes, fait connaissance avec les habitants de ce coin de Tokyo. Si le récit semble brouillon au départ et s’il faut s’accrocher pour intégrer tous les noms qui défilent, une géographie finit par se dessiner et les liens se tissent. Chaque chapitre se déploie comme une petite nouvelle – que les personnages réapparaissent ou non, chacun aura droit à la résolution de son mystère – pour s’assembler finalement en un roman cohérent et sensible.

Nadège

Picquier

La papeterie Tsubaki – OGAWA Ito – traduit du japonais pas Myriam Dartois-Ako – Picquier

Après avoir voyagé, Hatoko – surnommée Poppo – rentre chez elle, à Kamakura, pour s’installer dans une ancienne maison traditionnelle, prendre possession de la papeterie que lui a léguée sa grand-mère et devenir à son tour, comme elle l’a appris, écrivaine publique.

Jour après jour, la jeune femme raconte sa vie par le menu : ménage, repas, échanges avec sa voisine, accueil des clients dans le magasin … Surtout, elle parle de l’Aînée, sa grand-mère, de ses travaux d’écriture et des personnes qui lui confient le soin de trouver les mots qui leur manquent.

Au fil de l’histoire, la relation qui la lie à sa grand-mère se dévide comme pelote, le portrait de cette aïeule exigeante, sévère et austère, se nuance peu à peu de teintes plus douces, et la légende « familiale » se détricote … L’auteure tire ainsi le fil de la filiation, interroge l’amour qui ne se dit pas – ou d’une façon détournée et maladroite –, la transmission qui s’impose et la manière dont se trame un destin.

Se déploie aussi, dans ce roman, l’art d’écrire pour les autres, un art fait d’une attention fine, d’un soin extrême et d’une sensibilité vibrante, d’une empathie discrète et d’une clairvoyance prudente, qui se manifestent dans le choix des mots et des tournures, bien sûr, mais aussi dans celui de la couleur de l’encre, de la forme et de la texture du papier, du type d’enveloppe … tout, jusqu’au timbre, doit être signifiant et adéquat – de sorte que les séances d’écriture relèvent presque du rituel.

Et c’est cela – en plus du personnage attachant et touchant – qui réjouit et charme, dans La Papeterie Tsubaki : cette façon de vivre, d’être et de faire, de regarder et de sentir, d’entrer en relation avec les autres … empreinte d’une délicatesse et d’une attention qui rendent à toute chose, grande ou petite, visible ou invisible, sa valeur et son importance. C’est comme si, dans la partition de la vie, aucune note ne devait être négligée, pas même la plus ténue – car elle contribue autant que les autres à l’harmonie et à la mélodie de l’ensemble.

Delphine

littérature belge, Rouergue

Debout dans l’eau – Zoé Derleyn – la brune au Rouergue

Debout dans l’eau est un livre écrit à hauteur d’enfant – d’une profondeur dont on oublie parfois que ces petits êtres sont dotés … La narratrice, abandonnée par sa mère, est une « enfant naturelle » – comme on les appelait à une époque où il n’en existait pas d’artificiels. Depuis ses deux ans, elle vit chez ses grands-parents, dans le Brabant flamand. À onze ans, elle partage ses journées entre le jardin, l’école et la maison où règne sa grand-mère, une femme pudique dont l’affection se manifeste un peu rugueusement. À l’étage gît son grand-père, un homme à l’ancienne, qui ne règne plus, lui, depuis que la maladie l’a pris et alité.

C’est une vie simple et quotidienne que celle de cette enfant : les repas, le soin du potager et du jardin, les promenades, les repas, les jeux plus ou moins doux avec les chiens, la visite quotidienne au vieillard mourant … Et aussi : l’observation passionnée – et rageuse à la fois – de Dirk, un jeune homme venu s’occuper du jardin ; et surtout : les bains dans l’étang.

Ce n’est pourtant pas une vie fade ou monotone : c’est une existence intense que celle de cette enfant qui habite le temps et ses gestes, ses instants et les lieux, d’une présence pleine, d’une curiosité ardente, d’un imaginaire puissant et d’une sensibilité fine et vibrante. Son regard la colore, la nuance, la moire, cette vie sans remous apparent – mais vivante d’une vie insoupçonnée, voilée, comme celle de l’étang – et c’est d’abord lui qui fait l’agrément et la valeur de ce premier roman, comme il fait ceux des heures sans fard.

C’est ensuite ce personnage d’enfant, cette gamine émouvante et étonnante, quelquefois ignorante de ce qui se trame en elle, sous la peau, et qui observe le monde et les adultes, et s’interroge. C’est aussi l’écriture sobre et imagée de Zoé Derleyn, son ton juste, sa façon de dire la matière et la chair du monde – des plantes, des animaux, des gens, de l’étang … C’est enfin sa manière de poser, comme une étoffe douce qu’on ne déplie pas mais dont l’un ou l’autre coin, glissant, se déploie, les sujets de son roman : la maladie et la mort, la filiation, les relations entre une enfant et ses grands-parents, la figure grand-paternelle, l’amour qui ne se dit guère ou manque, le silence et la parole retenue ou empêchée, la solitude, les préludes du désir …

C’est un beau roman que Debout dans l’eau. Un roman qui donne à songer, à rêver, à imaginer. Et un roman qui m’en a rappelé d’autres : l’étang, qui y est presque un personnage, et la relation profonde, sensuelle, curieuse et amoureuse, que la petite fille a noué avec lui, évoquent le magnifique La Comtesse des digues de Marie Gevers, avec Suzanne qui aime passionnément le fleuve, mais aussi Vie et mort d’un étang, pour le rôle que joue dans l’histoire cette eau trouble et miroitante. Pour le point de vue enfantin qui nous ramène au regard enchanté et enchanteur de l’enfance, j’y entendus quelques échos de Guldentop – tous deux de la même auteure, à découvrir si vous ne la connaissez pas !

Actualité et animations, auteur belge

Les vers de l’amitié – Karim Pont – Fawkes éditions

Karim Pont, que nous recevons à la librairie le 11 juin de 17h à 19h30, est un ancien joueur de tennis et une figure gembloutoise connue. Amoureux des mots et auteur d’un livre consacré à ce sport, il vient de faire paraître un recueil de poèmes drolatiques parrainé par Bruno Coppens qui a écrit la quatrième de couverture – un texte qui nous invite à suivre les pas de Karim Pont pour réveiller et révéler les mots.

Ce sont des textes aux prises avec l’actuel et l’aujourd’hui que nous livre Karim Pont. Des textes dans lesquels il pose sur notre monde et nos façons un regard critique et ironique, plein d’humour mais aussi d’acide. Il pointe nos erreurs et nos errances, nos contradictions et nos faiblesses ; il n’épargne rien et parle de tous les sujets, des paradis fiscaux aux régimes, de la libération de la femme aux élections, et même, d’une certaine façon, de la condition humaine.

Surtout, ce sont des textes ludiques, qui jouent avec les mots, leurs sons et leurs sens, où l’on sent l’amusement de l’auteur, une liberté de ton et une vivacité qui réjouissent. 

N’hésitez pas à vous inscrire au 081/600.346 ou à librairieantigone@gmail.com