Actes Sud, Romans

Tout dort paisiblement, sauf l’amour – Claude Pujade-Renaud, Actes Sud

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D’après une étude internationale publiée cette semaine, le Danemark serait le pays le plus heureux au monde. A lire la vie de Soren Kierkegaard, grand penseur danois de la première moitié du 19e siècle, on pourrait en douter, mais les temps ont changé bien sûr et le bonheur est aussi affaire de caractère.

Soren Kierkegaard (1813-1855), donc, est au centre du nouveau roman de Claude Pujade-Renaud. L’auteure reconstitue le portrait intime du penseur en entrelaçant les voix de ses proches et, plus particulièrement : Regine Olsen, son ancienne fiancée ; Frederik Schlegel, le mari de Regine ; Henriette Lund, sa nièce ; Henrik, son neveu. Ceux-ci prennent la parole après le décès du grand homme.

Lorsqu’elle apprend sa disparition, Regine, la fiancée éconduite quinze ans plus tôt, est heureusement mariée à Frederik Schlegel, alors gouverneur des Antilles danoises où il œuvre pour l’abolition de l’esclavage. Cet événement soudain pousse Regine à s’interroger à nouveau sur cet homme qu’elle a aimé et sur les raisons de la rupture qu’elle n’a jamais vraiment comprises. C’est aussi prétexte pour le couple à relire l’œuvre de ce penseur qu’ils estiment tous deux et à renouer avec ses neveux : Henriette (Regine entretiendra d’abord une correspondance suivie avec la jeune femme, avant de la retrouver à Copenhague) et Henrik qui rejoint les Antilles danoises pour y exercer sa profession de médecin.

Dans un récit déployé sur plus d’un demi-siècle, Claude Pujade-Renaud évoque le triste et fascinant destin de Soren Kierkegaard, tourmenté par une malédiction familiale, charmé par le chant des oiseaux, épris d’une femme qu’il quittera pour écrire une œuvre de génie, penseur de l’existence ayant si peu vécu.

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Gallimard, Romans

La Grande Arche, Laurence Cossé, Gallimard

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Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n’est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.

25 mai 1983. Le lauréat du concours international d’architecture Tête-Défense est dévoilé. Stupeur : il s’agit d’un parfait inconnu, Johann Otto von Spreckelsen. Un Danois, inconnu même de sa propre ambassade à Paris. A son actif : sa maison et quatre églises. La France croit a de la modestie, ce n’est que pure vérité. Ce malentendu entre Spreckelsen le Danois et les Français sera le premier d’une longue série.

Spreckelsen est un artiste, un esthète. Son monument, il entend bien qu’il soit conçu comme il l’a rêvé. Il n’accepte pas les impossibilités techniques qu’on lui notifie et ne comprend pas le fonctionnement français qui change constamment les règles du jeu au gré des luttes politiques. Désillusionné, désenchanté, Spreck verra son projet lui échapper, du moins le ressentira-t-il ainsi.

Laurence Cossé retrace la construction de cette arche et le destin tragique de son concepteur dans un roman-document passionnant, nourri des témoignages des intervenants de l’époque qu’elle a pu rencontrer. Un récit haletant, qui se dévore et laisse des traces.

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Flammarion, Romans

Un instant de grâce, Clémence Boulouque, Flammarion

instantdegrace.jpgPar ses absences, au lieu d’avoir cantonné ses élans vers quelques êtres, comme tant ruminent leurs affections, son père l’avait poussée à chercher plus loin – elle regardait les gens, aimait voir le monde.

Petite fille, elle lui avait écrit des lettres chaque soir. En fermant les yeux l’été, la brise était devenue ses mains absentes qui s’agitaient pour la rafraîchir. Elle avait appris à occuper le vide et à s’y tenir droite : la danse lui avait martelé d’aller au-delà de la souffrance – et l’absence, à occuper sa peine. Elle avait la tristesse compliquée, compensée en recevant le monde comme un cadeau, en cherchant à se dilater à ses mesures. Petit à petit, ses lettres avaient cessé d’être écrites pour leur destinataire. Elles étaient comme un poème : une prière qui ne demande pas à être exaucée.

Il lui avait offert le vide. Ne pas recevoir l’équivalent de ce que l’on donne, ne pas s’y attendre. Désirer sans souhait.

Nous sommes en 1964, à Dublin. Audrey Hepburn, actrice adulée, oscarisée en 1953 pour son rôle dans Vacances romaines, icône chic de Givenchy, retrouve son père qu’elle n’a plus vu depuis près de 30 ans. Cette rencontre est organisée par son mari de l’époque, l’acteur Mel Ferrer.

Pourquoi Joseph Ruston a-t-il abandonné sa fille alors qu’elle n’avait que cinq ans ? Audrey ne le saura jamais vraiment et, là n’est peut-être pas le plus important. Comment cette petite fille a-t-elle surmonté l’abandon paternel ? Comment a-t-elle vécu les drames de la guerre dont son père, fasciste convaincu, était l’un des rouages ? Comment cette femme s’est-elle nourrie de cette absence, des privations, des déceptions (elle rêvait d’être danseuse étoile, mais fut jugée trop grande) pour devenir l’actrice que l’on connaît aujourd’hui ? Voici ce que Clémence Boulouque aborde avec délicatesse et sobriété, dans un roman concis qui donne envie de découvrir plus avant la vie et le talent d’Audrey Hepburn.

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Actualité et animations, Canalzoom, Cherche midi, Romans

Emmanuelle Pirotte, « Today we live », Cherche midi

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J’avais envie de vous parler de ce beau roman, sorti en septembre et que j’ai lu en décembre pendant la grande période de fêtes qui m’a tenue un peu absente de mon blog.  Le livre m’a tellement plu, que l’auteure viendra nous en parler et faire une séance de dédicaces le 23 février à la librairie. Qu’on se le dise!

L’histoire se passe en Belgique en 1944 durant la dernière offensive allemande en Ardenne.

Les Allemands arrivent dans le village de Stoumont, et Renée, petite fille juive de 7 ans, ballottée de famille en famille depuis le début de la guerre doit encore quitter son refuge. Le curé qui l’accueille l’emmène à travers la campagne enneigée pour essayer de mettre la fillette en sécurité. Quand au loin il aperçoit une jeep américaine, il croit avoir trouvé la solution mais il va jeter l’enfant dans la gueule du loup car les Américains sont en fait des SS Allemands déguisés faisant partie de l’Opération Greif dont l’objectif était de s’infiltrer dans les lignes ennemies afin de tenter de saboter leurs positions.

Les deux soldats allemands décident de tuer la fillette et l’emmènent à pied dans la forêt pour l’exécuter. C’est sans compter l’aplomb ou la désinvolture de Renée, qui ayant soif, se baisse pour manger de la neige. Ce geste ainsi que celui de se retourner pour voir son bourreau vont déstabiliser un des deux soldats et l’inciter à tuer son compagnon d’arme pour la sauver.

Son geste, Mathias, ne le comprend pas. Que va-t-il faire de cette gamine? Après trois jours à se cacher dans les bois, il décide de la confier à des fermiers qui attendent dans leur cave que la dernière offensive se termine.

Mais peu à peu le doute s’installe dans la tête de Mathias, a-t-il bien fait de la laisser là? Pourquoi l’a-t-il sauvée?

Les héros principaux sont entourés d’une galerie de personnages secondaires très convaincants inspirés sans doute de tous les témoignages qu’on a pu recueillir à la fin de la guerre.

L’auteure, grâce à son écriture efficace, mène l’action d’une main de maître et nous donne à lire une histoire palpitante.

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Actes Sud, Actualité et animations, Romans

Club de lecture : Jeudi 11 février à 20h – Les désenchantées, Pierre Loti

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Quand André Lhéry, romancier à succès et passionné d’Orient, découvre la lettre de Zahidé Hanum, il refuse de croire à l’identité turque de sa correspondante : son langage était trop moderne, son français trop pur et trop facile. Pourtant, il ne peut s’empêcher de lui répondre. C’est ainsi qu’il fera son entrée dans les harems turcs à la rencontre de trois jeunes ottomanes. De lettres en rencontres clandestines, celles-ci vont l’initier à un monde qu’il ignore, celui de ces femmes éduquées, cultivées et pourtant condamnées à vivre recluses, subissant des mariages contre lesquels elles ne peuvent lutter, prisonnières de la société dans laquelle elles sont nées et de ce savoir qui les afflige plus qu’il ne les aide à supporter ces conditions.

Si ces femmes ont fait appel à André Lhéry, c’est qu’elles l’admirent et qu’elles souhaitent qu’il soit leur voix pour dire au monde leur détresse, les dévoiler par les mots, elles qui ne peuvent montrer leur visage.

Si Les désenchantées est paru en 1906, il n’en reste pas moins un roman moderne, interrogeant des questions au cœur de l’actualité : le statut de la femme et son droit à l’émancipation. Ce texte de Pierre Loti est plus qu’un roman : le journaliste Victor Giraud y voyait dès sa parution un plaidoyer en faveur du féminisme musulman et l’intellectuel turc Reched Safvedt le qualifiait à l’époque de tableau exact de l’Orient.

Nous vous invitons à échanger autour de ce livre le jeudi 11 février à 20h au bar D’Autres Mondes (rue Notre-Dame, à Gembloux).

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